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Sucre : une enquête révèle que tous les bébés ne sont pas égaux pour Nestlé

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Deux des marques d’aliments pour bébés les plus vendues par Nestlé dans les pays à revenu faible ou intermédiaire comme le Sénégal contiennent des niveaux élevés de sucre ajouté, tandis que de tels produits en sont exempts en Suisse. C’est ce que montre une enquête exclusive réalisée par Public Eye, en collaboration avec le Réseau international d’action pour l’alimentation infantile (Ibfan).

Meagan Adonis avait 23 ans lorsqu’elle a perdu la vue à la suite d’un grave problème de santé. La même année, elle a appris qu’elle attendait un enfant et s’est inquiétée des difficultés liées au fait d’être une maman aveugle en Afrique du Sud. Elle a depuis trouvé ses marques et a récemment donné naissance à son deuxième enfant. Installée à Johannesburg, la « déesse aveugle », comme elle se présente sur les réseaux sociaux, partage désormais son expérience avec ses plus de 125 000 abonné∙e∙s.

L’an dernier, Meagan Adonis a publié plusieurs vidéos sur TikTok qui vantent les mérites des céréales infantiles Cerelac pour bébés dès 6 mois. « Comme vous pouvez le voir, j’ai un bébé très actif », expliquait-elle en décembre. « En tant que mère aveugle, l’heure du repas est toujours une aventure […] Maintenant, allons préparer son repas préféré de la journée. Les petits corps ont besoin d’un grand soutien, et Nestlé Cerelac est le complément parfait pour nos repas », assure-t-elle d’un ton enjoué – en omettant toutefois d’indiquer que cette recommandation maternelle est donnée dans le cadre d’un partenariat rémunéré avec Nestlé.

À plusieurs milliers de kilomètres de là, au Guatemala, un papa filme sa petite fille pleine d’énergie. « Il n’y a pas de plus grande satisfaction que de voir un enfant fort et en bonne santé », s’enthousiasme Billy Saavedra, artiste reggaeton plus connu sous le nom de Billy The Diamond. « C’est pourquoi nous préférons Nido 1+, qui favorise le développement de ses os et de ses muscles, ainsi que celui de son système immunitaire », explique-t-il dans une vidéo pour promouvoir les laits de croissance pour enfants à partir de 1 an de la marque, publiée en mars 2023 sur son compte Instagram, qui affiche plus de 550 000 abonné∙e∙s.

Le recours à des influenceurs et influenceuses, comme Meagan Adonis ou Billy Saavedra (et leurs enfants), est au cœur de la stratégie marketing de Nestlé pour booster les ventes de ses aliments pour bébés. Cette approche, qui a gagné en importance dans de nombreux secteurs, permet d’atteindre un large public, en misant sur un sentiment d’identification et de proximité. Dans la bouche de parents qui vivent des expériences similaires, les messages publicitaires deviennent des conseils bienveillants, c’est-à-dire dignes de confiance.

Un marché en pleine croissance

Cinquante ans après le scandale des laits en poudre « tueurs de bébés », Nestlé affirme avoir appris du passé et clame son « engagement inébranlable » en faveur de la « commercialisation responsable » des substituts du lait maternel.

Le géant agroalimentaire met tout en œuvre pour se profiler comme le leader mondial de la nutrition infantile, en ciblant les différentes étapes des premières années de vie de l’enfant. Il contrôle aujourd’hui 20 % du marché des aliments pour bébés, devisé à près de 70 milliards de dollars Us.

Cerelac et Nido comptent parmi les marques d’aliments pour bébés les plus vendues par Nestlé dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Total des ventes cumulées au niveau mondial dans cette catégorie : plus de 2,5 milliards de dollars en 2022, selon des données exclusives obtenues auprès d’Euromonitor, une société d’analyse de marché spécialisée dans l’industrie alimentaire.

Dans sa propre communication ou via des tiers, Nestlé promeut Cerelac et Nido comme des marques dont l’objectif est d’aider les bambins à « mener une vie plus saine ». Enrichis en vitamines, minéraux et autres micronutriments essentiels, ces produits seraient, selon la multinationale, spécialement conçus pour répondre aux besoins des bébés et enfants en bas âge. Ils contribueraient à renforcer leur croissance, leur système immunitaire et leur développement cognitif. Mais ces céréales infantiles et laits en poudre offrent-ils réellement « la meilleure nutrition possible », comme l’affirme Nestlé ? C’est ce que Public Eye et le Réseau international d’action pour l’alimentation infantile (Ibfan) ont voulu vérifier, en se focalisant sur l’un des ennemis publics numéro 1 en matière de nutrition : le sucre.

L’enquête montre que, pour ­Nestlé, tous les bébés ne sont pas égaux en matière de sucre ajouté. Alors qu’en Suisse, où la société a son siège, les principales marques de céréales infantiles et de laits de croissance vendues par le géant agroalimentaire sont exemptes de sucre ajouté, la plupart des produits Cerelac et Nido commercialisés dans les pays à revenu plus faible en contiennent, à des niveaux souvent élevés. Par exemple : en Suisse, Nestlé fait la promotion de ses céréales pour bébés de 6 mois « saveur biscuit » avec la mention « sans sucre ajouté » ; tandis qu’au Sénégal ou en Afrique du Sud, les céréales Cerelac de la même saveur contiennent 6 grammes de sucre ajouté par portion.

Au Sénégal ou en Afrique du Sud, les céréales Cerelac de la même saveur contiennent 6 grammes de sucre ajouté par portion.

En Allemagne, en France et au Royaume-Uni – principaux marchés de Nestlé sur le sol européen – tous les laits de croissance pour enfants en bas âge de 1 à 3 ans vendus par Nestlé sont également sans sucre ajouté. Et si certaines céréales destinées aux enfants de plus de 1 an en contiennent, celles destinées aux bébés dès 6 mois en sont exemptes.

Les céréales pour bébés de 6 mois de la marque Cerelac, à base de farine de blé, que Nestlé commercialise en Allemagne et au Royaume-Uni n’ont donc pas de sucre ajouté, alors que ce même produit en contient plus de 5 grammes par portion en Éthiopie et 6 grammes en Thaïlande.

« Un tel double standard est injustifiable », réagit Nigel Rollins, scientifique à l’Organisation mondiale de la Santé (Oms). Pour lui, le fait que Nestlé n’ajoute pas de sucre à ces produits vendus en Suisse, mais soit tout à fait disposé à le faire dans des pays où les ressources sont plus faibles, est « problématique, tant d’un point de vue éthique que de santé publique ».

Rollins explique que les industriels peuvent chercher à habituer très tôt les enfants à un certain niveau de sucre afin qu’ils ou elles privilégient ensuite les produits avec une haute teneur en sucre. « C’est totalement inapproprié », estime-t-il.

Sur les traces des sucres cachés

La teneur en sucre ajouté n’est souvent même pas divulguée dans les informations nutritionnelles figurant sur l’emballage de ce type de produits. Dans la plupart des pays, y compris en Suisse, les entreprises sont uniquement tenues d’indiquer la quantité totale de sucres, ce qui inclut aussi ceux naturellement présents dans le lait ou les fruits entiers, lesquels ne sont pas considérés comme nocifs pour la santé.

Si Nestlé communique volontiers sur les vitamines, minéraux et autres nutriments contenus dans ses produits, elle ne fait pas preuve de la même transparence concernant le sucre ajouté. Pour lever le voile sur ces « sucres cachés », Public eye et son partenaire ont rassemblé des produits Cerelac et Nido en provenance de nombreux pays afin d’examiner leurs étiquettes et, pour une partie, les faire tester par un laboratoire spécialisé.

L’affaire s’est toutefois révélée plus compliquée que prévu : plusieurs laboratoires en Suisse ont refusé d’analyser les sucres présents dans les produits Nestlé. L’un d’entre eux a même écrit ne pas pouvoir participer au projet car les résultats « pourraient potentiellement avoir un impact négatif » sur ses clients existants. Face à ces refus, Public eye s’est tournée vers un laboratoire basé en Belgique. Et les résultats sont édifiants.

Un carré de sucre par portion

Cerelac est le numéro un mondial sur le marché des céréales pour bébés, avec des ventes supérieures à 1 milliard de dollars en 2022, selon les données d’Euromonitor. L’enquête a examiné 115 produits commercialisés dans les principaux marchés de Nestlé en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Pas moins de 108 d’entre eux (94 %) contiennent du sucre ajouté.

Pour 67 de ces produits, Public eye a pu déterminer la quantité de sucre ajouté. En moyenne, on trouve près de 4 grammes par portion, soit environ un carré de sucre. La quantité la plus élevée – 7,3 grammes par portion – a été détectée dans un produit vendu aux Philippines et destiné à des bébés de 6 mois.

En Inde, où les ventes ont dépassé 250 millions de dollars en 2022, toutes les céréales pour bébés Cerelac contiennent du sucre ajouté – près de 3 grammes par portion en moyenne. Même situation en Afrique du Sud, principal marché pour les produits Cerelac sur le continent africain, avec 4 grammes ou plus de sucre ajouté par portion. Au Brésil, deuxième marché mondial avec environ 150 millions de dollars de ventes en 2022, les trois quarts des céréales infantiles de la marque Cerelac (connue sous le nom de Mucilon dans le pays) ont du sucre ajouté, 3 grammes par portion en moyenne.

« C’est extrêmement préoccupant », estime Rodrigo Vianna, épidémiologiste et professeur au département de nutrition de l’Université fédérale de Paraíba, au Brésil. « Le sucre ne devrait pas être ajouté aux aliments destinés aux bébés et aux jeunes enfants parce qu’il est inutile et a un fort pouvoir addictif. Les enfants rechercheront des aliments de plus en plus sucrés, amorçant un cycle négatif qui augmente le risque de troubles liés à l’alimentation à l’âge adulte, comme l’obésité, ainsi que d’autres maladies chroniques telles que le diabète ou l’hypertension », déplore l’expert.

«Une pratique colonialiste»

Bien que moins marquée, la tendance se vérifie avec la marque Nido, la plus populaire sur le marché des laits de croissance. En 2022, ses ventes de produits destinés aux jeunes enfants âgés de 1 à 3 ans au niveau mondial ont dépassé 1 milliard de dollars, selon les données d’Euromonitor. L’enquête a examiné 29 produits Nido commercialisés par Nestlé dans certains des principaux marchés dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Résultat : 21 d’entre eux (soit 72 %) contiennent du sucre ajouté. Pour dix de ces produits, l’enquête a pu déterminer la quantité de sucre ajouté. En moyenne, on en trouve près de 2 grammes par portion. La valeur maximale – 5,3 grammes par portion – a été détectée dans un produit vendu au Panama.

Avec des ventes qui ont atteint environ 400 millions de dollars en 2022, l’Indonésie est le premier marché mondial pour Nido, connue localement sous le nom de Dancow. Les deux produits pour enfants à partir de 1 an vendus dans le pays contiennent du sucre ajouté – plus de 0,7 gramme par portion.

Nestlé n’hésite pas à mettre en avant le fait que ces produits sont « sans sucrose », alors qu’ils contiennent du sucre ajouté sous forme de miel. Or, le miel et le sucrose sont tous deux considérés par l’Oms comme des sucres qui ne doivent pas être ajoutés aux aliments pour bébés. Nestlé l’explique d’ailleurs très bien dans un quiz didactique sur le site internet de Nido en Afrique du Sud : remplacer le sucrose par du miel ne présente « aucun avantage scientifique pour la santé », car tous deux peuvent contribuer « à la prise de poids, voire à l’obésité ».

Au Brésil, deuxième marché mondial pour Nido, Nestlé affirme ne pas ajouter de sucre dans ces produits par préoccupation pour la santé et l’alimentation des enfants : « L’idéal est d’éviter de consommer ces ingrédients pendant l’enfance, car la saveur sucrée peut influencer la préférence de l’enfant pour ce type d’aliments à l’avenir », avertit le géant agroalimentaire sur le site internet de la marque au Brésil.

«Au Sénégal, au Bangladesh ou en Afrique du Sud-où Nido fait partie des marques les plus appréciées-tous les produits pour enfants de 1 à 3 ans contiennent du sucre ajouté »

Pourtant, dans la plupart des pays d’Amérique centrale, où Nestlé promeut agressivement Nido par le biais d’influenceurs et influenceuses, les laits en poudre destinés aux enfants à partir de 1 an contiennent plus d’un carré de sucre par portion. Au Nigeria, au Sénégal, au Bangladesh ou en Afrique du Sud-où Nido fait partie des marques les plus appréciées-tous les produits pour enfants de 1 à 3 ans contiennent du sucre ajouté.

« Je ne comprends pas pourquoi les produits vendus en Afrique du Sud devraient être différents de ceux qui sont commercialisés dans les pays à revenu plus élevé », s’insurge Karen Hofman, professeure de santé publique à l’Université de Witwatersrand, à Johannesburg, et pédiatre diplômée. « C’est une pratique colonialiste qui ne doit pas être tolérée », dénonce-t-elle. « De manière générale, il n’y a aucune raison valable d’ajouter du sucre aux aliments pour bébés », insiste Hofman.

Des premières années décisives

Ce point de vue est partagé par l’Oms, qui alerte depuis des années sur la teneur en sucre ajouté élevée dans les produits alimentaires pour bébés et ses dangers à long terme. « Les résultats de votre enquête soulignent la nécessité d’une action urgente pour remodeler l’environnement alimentaire des enfants », déclare à Public Eye et Ibfan le Dr Francesco Branca, directeur du département nutrition et sécurité sanitaire des aliments à l’Oms. « L’élimination des sucres ajoutés dans les produits alimentaires destinés aux jeunes enfants est un moyen important pour prévenir l’obésité de manière précoce. »

L’Oms met en garde contre la progression de l’obésité, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où elle atteint des « proportions épidémiques » et entraîne une explosion des maladies chroniques, comme les maladies cardiovasculaires, les cancers et le diabète. L’augmentation de la consommation de produits ultratransformés, souvent riches en sucre, est désignée comme l’une des principales causes de cette épidémie.

Les plus jeunes n’échappent pas à ce fléau : l’obésité infantile a été multipliée par dix durant les quatre dernières décennies, selon l’agence onusienne, qui estime à 39 millions le nombre d’enfants de moins de 5 ans en surpoids ou obèses. La grande majorité d’entre eux vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.

« Les deux premières années de vie d’un enfant sont particulièrement importantes, car une nutrition optimale pendant cette période réduit la morbidité et la mortalité, diminue le risque de maladies chroniques et favorise un meilleur développement général », martèle l’Oms. En 2022, l’agence onusienne a appelé à bannir tous les sucres ajoutés ainsi que les édulcorants de la nourriture pour bébés et enfants de moins de 3 ans. Elle a exhorté l’industrie à « se montrer proactive » et à « soutenir les objectifs de santé publique », en reformulant ses produits.

Mais Nestlé semble rester sourde à ces appels. Si la multinationale recommande publiquement d’éviter les aliments pour bébés qui contiennent du sucre ajouté, ces sages paroles ne semblent pas s’appliquer aux pays à revenu faible ou intermédiaire, où Nestlé continue d’ajouter, en toute connaissance de cause, des quantités élevées de sucre à certains de ses produits les plus populaires.

Interpellée par Public Eye et Ibfan, Nestlé n’a pas répondu sur ce double standard. L’entreprise indique toutefois avoir « réduit de 11 % la quantité totale de sucres ajoutés dans [son] portefeuille de céréales infantiles dans le monde entier » au cours de la dernière décennie, et continuer à la réduire, « sans compromettre la qualité, la sécurité et le goût ». Nestlé indique par ailleurs être en train d’éliminer le sucrose et le sirop de glucose de ses laits de croissance Nido. La multinationale ajoute que ses produits sont « entièrement conformes » au Codex Alimentarius et aux lois nationales.

Faiblesse des réglementations

Bien que contraire aux directives énoncées par l’Oms, l’ajout de sucre aux aliments pour bébés reste autorisé par la plupart des législations nationales des pays. Celles-ci se basent sur le Codex Alimentarius, un recueil de normes internationales développé par une commission intergouvernementale basée à Rome. Le but affiché : protéger la santé des consommatrices et des consommateurs et assurer des pratiques loyales dans le commerce de ces produits.

Ces normes, qui ont gagné en importance comme références dans les questions commerciales après la création de l’Organisation mondiale du commerce (Omc) en 1995, tolèrent le sucre ajouté dans les aliments pour bébés à des limites définies pour chaque type de produits – jusqu’à 20 % dans les céréales infantiles.

Ces normes du Codex relatives aux aliments pour bébés ont été donc vivement critiquées par l’Oms, qui les juge « inadéquates », en particulier pour le sucre, car les enfants établissent leurs préférences alimentaires tôt dans la vie. L’agence onusienne demande qu’elles soient revues et alignées sur ses propres directives, en s’attachant en priorité à interdire l’ajout de sucre. Les normes actuelles ne permettent pas de déterminer si la commercialisation d’un aliment est appropriée pour des bébés et des jeunes enfants, selon l’Oms.

« Les recommandations de l’Oms sont indépendantes de toute influence de l’industrie », explique Rollins à Public Eye et Ibfan. « Au Codex, le lobbying est très important : l’industrie du sucre et l’industrie des aliments pour bébés sont toujours présentes dans les salles où les décisions sont prises. » Car si la Commission du Codex est un organe intergouvernemental, les représentants de l’industrie peuvent participer avec un statut d’observateurs, voire en tant que membres des délégations nationales. Lors d’une récente révision de la norme pour les laits de croissance, les lobbyistes de l’industrie représentaient plus de 40 % des participant·e·s. Pour Rollins, c’est la principale raison pour laquelle les standards du Codex – et par ricochet les lois nationales – sont plus faibles que les directives de l’Oms.

Des pratiques marketing contestées

L’enquête montre que Nestlé pratique un marketing agressif pour promouvoir Nido et Cerelac dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, alors que le Code international de l’Oms interdit la publicité pour ce genre de produits. Ce Code, adopté en 1981 à la suite du scandale des laits en poudre « tueurs de bébés », proscrit en effet toute promotion pour les préparations pour nourrissons, afin de protéger l’allaitement maternel. Cette interdiction s’applique aussi aux laits de croissance ainsi qu’aux aliments pour bébés qui, à l’instar de Cerelac, contiennent des « niveaux élevés de sucre ».

Nestlé répond qu’elle se conforme au Code de l’Oms et aux résolutions ultérieures de l’Assemblée mondiale de la santé, « tel que mis en œuvre par les gouvernements nationaux partout dans le monde ». Elle ajoute : « Lorsque la législation locale est moins stricte que notre politique de mise en œuvre du Code, nous nous en tenons à notre politique stricte. »

Dans les faits, la mise en œuvre du Code est généralement faible dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, notamment en raison des pressions exercées par l’industrie et les pays exportateurs d’aliments pour bébés. Par ailleurs, la politique de Nestlé ne s’applique pas aux laits de croissance pour enfants âgés de 1 an ou plus, ni aux autres aliments pour bébés, pourtant couverts par le Code.

En prime, Nestlé promeut ses produits Cerelac et Nido comme sains et riches en nutriments essentiels au développement des enfants – même s’ils contiennent du sucre ajouté. « Les allégations nutritionnelles et de santé des fabricants ne sont souvent pas étayées par la science », commente Rollins, confronté aux résultats de notre enquête. « Si vous voulez affirmer qu’un produit pharmaceutique améliore le développement cérébral des bébés ou renforce leur croissance, vous serez soumis à des normes très strictes en matière de preuves », explique-t-il.  « Mais comme il s’agit de produits alimentaires, les industriels n’ont pas à respecter ces standards. »

Les allégations nutritionnelles et de santé « idéalisent le produit, laissent entendre qu’il est meilleur que les aliments familiaux et masquent les risques », explique l’Oms dans un rapport de 2022 qui pointe les pratiques marketing abusives des industriels. Elles induisent en erreur les consommatrices et consommateurs, compromettant ainsi « les progrès accomplis en matière d’alimentation optimale des nourrissons et des jeunes enfants ». C’est pourquoi elles ne devraient pas être utilisées pour promouvoir les aliments pour bébés, selon l’agence onusienne. Pourtant, Nestlé en a fait le cœur de sa stratégie marketing pour Cerelac et Nido.

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