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Mon collège (par Mary Teuw Niane)

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C’est en 1968, année scolaire très perturbée, que je réussis, en classe de CM1, au CEPE et au Concours d’Entrée en Classe de Sixième.

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Notre maître Amadou Faye, paix à son âme, prit la décision de présenter par anticipation notre classe d’une quinzaine d’élèves à cet examen et à ce concours. Il nous fit travailler très durement. Nous quittions la classe au crépuscule et nous venions travailler le week-end. Nous étions enthousiastes à l’idée de quitter Dakar Bango pour aller étudier en ville l’année suivante. Je réussis aux deux et la moitié de la classe eut le Certificat d’Études primaires élémentaires.

Cette année 1968 fut exceptionnelle puisque le CEPE et l’Entrée en Sixième s’y déroulèrent durant les vacances à cause des troubles. Il y eut deux vagues de publication des résultats de l’Entrée en sixième tellement les résultats étaient catastrophiques.

Ma tante, ma yumpaañ, Awa Diallo m’offrit un bouc pour fêter mes résultats. Ma cousine Astou Diallo eut son CEPE de même que Souleymane Diallo, Abdoulaye Guèye, Alioune Badara Guèye Blindé et d’autres.

Le Lycée Charles de Gaule n’ayant pas assez de places, je fus affecté avec d’autres élèves au CEG Cazeilles, devenu depuis quelques années CEM Abbé Boilat, à l’extrême nord de la Langue de Barbarie, coincé entre Ndar Toute et Gokhou MBathie, petit village de maures à cette époque.

C’était une véritable punition que cette affectation pour un habitant du village rural de Dakar Bango qui était situé à l’extrémité opposée de Saint Louis.

Mes parents étaient vraiment désemparés. Comment devaient-ils faire pour me trouver un lieu d’hébergement à Saint Louis?

Ils se souvinrent de leur cousin par alliance Doudou Sarr, paix à son âme, qui avait travaillé avec mon oncle El Hadj Malick Sow à Djoos au Service des Eaux et de son épouse Anta Diop, paix à son âme, originaire de Diama. Ils acceptèrent de m’accueillir, chez eux, à Guet Ndar, à la rue Gambetta.

J’y passai ma première année de collège. Mes parents adoptifs me traitèrent mieux que leurs enfants. Nous logions dans la même chambre. Nous mangions dans le même bol. J’avais des faveurs qu’ils n’avaient pas.

Ma tante Anta Diop avait acquis la culture Saint Louisienne des aliments de qualité méticuleusement choisis et des repas finement préparés. Elle prenait son temps pour préparer ses repas dont l’odeur appétissante envahissait toute la maison jusque dans la rue.

Cette époque est révolue. Aujourd’hui dans nos quartiers, les aliments ont perdu de leur odeur et de plus en plus de leur goût.

Pauvre époque des taalaalé cancérigènes, des cubes diabétogènes et des huiles végétales hypertensogènes!

Ma tante avait confiance en moi. Je lui gardais ses économies. Le soir, elle m’envoyait acheter de beaux pieds de salade laitue, de la betterave, de la pomme de terre et des oignons qui accompagnaient la viande ou le mulet, deem, du dîner.

Chaque jour ouvrable, je faisais un aller-retour, à pieds, le matin et un autre, l’après-midi de Guet Ndar au Camps Cazeilles.

Le week-end je retournais à Bango poursuivre mes études coraniques.

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L’année suivante l’École primaire mixte de Dakar Bango eut plusieurs admis au Concours d’Entrée en sixième.

Chérif Aïdara, paix à son âme, très introduit chez les militaires du Prytanée militaire nous obtint l’autorisation de prendre le bus de leurs enfants pour aller à Saint Louis. Son fils, Lamine Aïdara, un ami inséparable, qui avait aussi eu son Entrée en sixième cette année là, mourut l’année suivante, noyé à l’Hydrobase. Ce fut le premier grand choc de notre génération. Du jour au lendemain, il n’était plus avec nous. Il était absent à jamais. Un vide que nous eûmes du mal à combler tellement le choc de sa mort fut brutal.

Pendant trois années, de la classe de cinquième à la classe de troisième, j’eus un nouvel agenda immuable.

Chaque jour ma maman me réveillait à l’appel du muezzin pour la prière du Fajar. Je me lavais, je faisais mes ablutions et j’accomplissais ma prière du Fajar et celle du Subha.

Je prenais la clé du jardin potager de ma mère puis j’allais arroser les arbres fruitiers, manguiers, goyaviers, corossoliers, papayers et les planches de salades, carottes, persils, navets, choux, betteraves et choux-raves.

Au retour à la maison mon petit-déjeuner était prêt de même que mes habits. Je mangeais, je m’habillais et je courais prendre le bus du Prytanée en face du bâtiment du Commandant de l’École.

À treize heures je revenais prendre le déjeuner puis je retournais au collège.

Le soir lorsque je rentrais, après avoir déposé mon cartable à la maison, je courrais au Marché Ngallèle devant la face sud du Camp militaire, en face des bâtiments de la vingt-quatrième Compagnie, je récupérais les marchandises restantes et les affaires de ma maman dans sa bassine, paan, que je portais sur ma tête joyeusement accompagné par elle jusqu’à son jardin. Nous nous y arrêtions pour arroser les plantes et les arbres, effectuer quelques travaux et puis nous rentrions à la maison.

Le dîner, les prières, les leçons et les exercices terminaient ma soirée.

Le mercredi après-midi, j’allais au jardin effectuer de menus travaux et de temps en temps, au terrain de football faire du sport ou marcher dans la petite forêt entre Bango et Sanar.

Souvent, je saisissais cette opportunité pour lire un livre confortablement assis entre trois branches d’un manguier.

Le samedi après midi et le dimanche, j’allais au Daara de Serigne Babacar Guèye poursuivre mes études coraniques et religieuses.

Nous étions la troisième promotion du CEG Cazeilles qui fut implanté dans quatre bâtiments du Camps militaire Cazeilles. Parmi nos anciens il y avait le Ministre d’État Maitre Madické Niang.

Nous avions au début des enseignants français, belges, canadiens et petit à petit les sénégalais ont pris la relève. Je me souviens de Madame Reizer qui fut notre professeur de français et de Monsieur Barbier notre professeur de mathématiques en cinquième.

Je me souviens de trois professeurs sénégalais qui me marquèrent durant mes études au Collège.

Monsieur Fall, Nguiro, le plus jeune enseignant à l’époque du collège. Il nous enseigna les sciences de la vie et de la terre et le français. Il aimait ses élèves. Il nous conseillait et nous encourageait. Il était l’ami des élèves. Il perdit la vue et je partis à Dagana présenter mes condoléances lors de son décès.

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Monsieur Alpha Mody Dathe était le professeur emblématique de français du collège. Il était un mystère pour les élèves. Il portait toujours un ensemble pantalon et chemise beige. Il arpentait toujours seul la longue route de Cazeilles au Grand Marché de Ndar Toute. Il avait cet air ascétique des grands talibés. Il portait un porte-documents mince qu’il ouvrait très rarement. Il avait une mémoire extraordinaire. Il n’avait pas de support de cours. Ses cours étaient passionnants. Les dictées qu’il donnait étaient très difficiles. Rares étaient les élèves qui faisaient moins de cinq fautes. Il attribuait comme note un demi cercle à un élève qui faisait pour la première fois plus de cinq fautes d’orthographe et pour le seconde fois, il fermait le cercle pour lui donner le zéro tant redouté. Plus tard il fut un animateur religieux célèbre à la RTS. Il contribua fortement à ma formation en français.

Le troisième enseignant qui me marqua le plus fut Daouda Keïta, mon professeur de mathématiques. C’est lui qui fut l’instigateur providentiel de la poursuite de mes études au Lycée Charles de Gaule. Monsieur Keïta fut un professeur de mathématiques rigoureux, généreux de partager ses connaissances avec ses élèves, très pédagogue, méticuleux et très sévère avec ceux qui ne travaillaient pas assez. Il mettait toujours en valeur ses meilleurs élèves ou les plus belles solutions mathématiques. Il fut directeur du CEG. Plus tard il intégra l’administration territoriale. Aujourd’hui, il est un guide religieux reconnu.

Le collège est un moment exceptionnel de la vie d’un enfant, entre l’innocence naïve du gamin et l’éveil de l’adolescence.

À la fin des cours nous marchions sans souci fièrement sur la route. Les charrettes, les bicyclettes et les voitures slalomaient pour nous éviter.

Les garçons portaient les tenues Soboco à la mode, chemise et culotte kaki et les filles étaient toujours bien habillées. Certaines filles, à la sortie du collège, enlevaient le pagne qu’elles rangeaient dans leur cartable. Elles marchaient dans la rue avec une robe qui arrivait à peine au niveau des genoux. Les garçons qui les suivaient, espiègles, s’amusaient en les observant marcher.

J’eus la chance d’avoir le prix d’excellence de mes classes respectives au collège.

L’école coranique avait forgé ma mémoire.

Je comprenais mes cours en classe et les leçons, je mettais très peu de temps pour les mémoriser.

Les mathématiques, particulièrement à la fin du cours, j’avais compris les démonstrations de notre professeur. Je consacrais peu de temps à faire les exercices.

Les sciences de la vie et de la terre, j’essayais toujours de transformer le cours du professeur en un problème dont je m’évertuais à trouver les solutions.

Pour l’histoire et la géographie j’avais une mémoire à la fois vive et d’éléphant. J’étais capable de réciter des cours plusieurs années plus tard.

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Cette facilité me donna une habitude que j’essaie de garder jusqu’à présent : je me lève très tôt le matin et je me couche tôt la nuit.

Je n’ai jamais veillé !

Mon meilleur souvenir du collège fut le jour où notre professeur fasciné par la solution élégante que j’avais donné au problème de géométrie de la composition, imposa aux élèves de notre classe, Troisième B et à ceux de la classe Troisième A, d’écrire Solution Mary Teuw Niane comme titre de la correction de l’épreuve. À la pause, les élèves m’entourèrent d’affection. J’en étais fier.

Je me souviens d’une grève que nos aînés avaient déclenchée pour manifester leur mécontentement par rapport aux notes que donnait un professeur. Nous suivions la procession bruyante qui faisait le tour du collège. Intérieurement nous avions peur. Nos parents ne devaient pas l’apprendre !

Il y a cinquante ans que je quittais le CEG Cazeilles et pourtant je me souviens toujours de camardes de classe.

Parmi eux je citerai quelques uns.

S. Fall, le seul qui était plus petit que moi. Il venait de Pikine. Il était très turbulent et insupportable. Cependant il était excellent en français. Il finit par être renvoyé à la fin de l’année pour une mauvaise conduite en classe.

Une fille très brillante, dont j’ai oublié le nom, qui, de retour de vacances, avait refusé d’enlever son mouchoir de tête car s’étant mariée, elle fut renvoyée de l’école.

Abou Seck, Ëkk, avec qui j’ai partagé le table-banc jusqu’en classe de troisième. Il fut mon grand frère, mon ami et mon protecteur. Il vit, en grand sage, à Gokhou Bathie.

Aminata Ba, la meilleure élève fille, elle remportait le Prix d’excellence de la classe A. Elle prenait comme moi le car du Prytanée mais elle descendait au poste-courant de la Route de Khor. Elle est directrice d’école à la retraite.Elle est restée une amie et une sœur.

F. Ndiaye, une belle camarade de classe qui habitait en face de l’entrée du Camps Cazeilles. Je l’aimais en secret sans oser lui déclarer ma flamme.

Abdou Seck numéro 1, très grand de taille, il est un bijoutier très connu à Dakar.

Nafissatou Diop, Djiby Sow, Macaty Fall, Abdou Aziz Fall, … de longues histoires.

J’obtins en juillet 1972 le BEPC et je réussis au Concours national d’Entré à l’École normale.

Ainsi se terminait mon séjour au CEG Cazeilles/CEM Abbé Boilat.

J’invite les élèves, nos enfants, à se battre pour réussir. Car la réussite est au bout du travail, de l’effort, du jom, du Fula et du faida.

Je dédie ce texte à mes professeurs, à mes camarades, à tous les enseignants et à tous les élèves.

Mary Teuw Niane

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