You are currently viewing Hymne pour demain (par Mary Teuw Niane)

Hymne pour demain (par Mary Teuw Niane)

Vinrent la parole droite, la parabole elliptique et le serment d’honneur

Publicités

Arrivèrent les héros hissés sur le trône de la parole donnée

La peur n’habite pas le héraut porte-bonheur du siècle maudit

Enfant du Continent primordial le courage au combat est sa vertu

Sa vie s’estompe brusque lorsque son honneur est profané

Ombres et lumières, voix et silences accompagnent saccadés les héros

Connaissez-vous un empereur prestigieux qui ne soit pas un tyran

Des rois à la voix douce, le glaive ensanglanté, ont des greniers débordants de mil,

Le pouvoir comme l’autorité tient par la violence le peuple soumis

Avez-vous vu, assis sous l’arbre à palabre, le sage savant

Il égrène, généreux, ses messages, graines de savoir, qui germent

Hommes et femmes notre monde bobine le fil blanc de l’histoire habillée

L’épopée de notre Humanité que nous tissons solide,

Pagne qu’ornent les trophées de notre mémoire emplie de partis pris

Lorsque Yéro Mama apparut la bravoure s’habillait de courage

Et, au son du hoddu, elle se parait reluisante d’honneur

Nos savanes abritaient des monstres qui arrachaient nos filles en offrandes

Arriva Samba Guéladio Diégui bel homme téméraire qui coupa la tête du GuInarou

L’Afrique, terre vierge, habitée de noirs que la lumière du soleil rendait invisibles

Découverte d’hommes blancs qui ne connaissaient d’hommes que blancs

Le fusil, la poudre et le canon furent le balluchon du pèlerin maléfique

Le conquérant vorace dévora insatiable or, ivoires, bois et esclaves

Il dévala les vallées, escalada les collines, ses navires remontèrent les fleuves

Il fit patiemment du noir fier, l’ennemi de son frère nègre jaloux

La trahison s’installa diffuse dans les cours royaux désunis

A LIRE AUSSI :   Me Ciré Clédor Ly : "Le rapport de force a empêché l'escalade contre Sonko"

Nombreux furent les preux chevaliers qui offrirent leurs vies gages de leurs dignités

Je chante le Burba Jolof Alboury Ndiaye qui combattit jusqu’au Niger

Son fusil à la main, il mourut, son corps dispersé ensemença la terre de Dosso

J’appelle les flûtes du Fuuta Jalon, au son altier, déclamer El Hadj Omar Foutiyou Tall

Son parcours héroïque le plongea, sans retour, dans les montagnes de Bandiagara

De la verte Guinée jusqu’au Cap Vert que l’Océan n’a pas fini d’avaler

J’entends toujours cassants les vers incandescents du poète de l’Afrique libre

David Diop partagea son savoir avec la jeunesse de la Guinée qui osa dire NON

Sa voix portée par la brise marine, au bord de la plage de Yoff, elle exhorte au refus

Dans l’antre de la métropole parisienne, Lamine Senghor décline son manifeste

De la forêt casamançaise, fine gazelle noire, la pipe rebelle, surgit Aline Sitoé Diatta

Le colonisateur effaré pensa enfermer le droit à la vie libre à Tombouctou

Les décennies sont passées, la fille de Cabrousse continue d’inspirer la jeunesse

La plume est liberté, l’écriture est signe de vie

Le livre est un sillon que trace solitaire l’écrivain, messie des temps modernes

L’écrivain exhorte inlassablement le peuple à emprunter le chemin tracé

Ousmane Sembène accompagne le peuple africain dans la voie du combat libérateur

Boubacar Boris Diop désenvoûte les corps de la malédiction génocidaire

Il prouve que nos langues sont d’égale dignité littéraire que le français, l’anglais, …

Je proclame le poing levé, le sourire découvrant mes dents blanches

Que les vrais héros tirent leur force de leur puissance infinie à imposer la paix

A LIRE AUSSI :   Touba : un centre de santé cambriolé par un ex agent

Que la violence est la preuve manifeste de la faiblesse du tyran

Quel homme fut Nelson Mandela qui tendit la main, donna la joue à ses geôliers

Il rétrécit le fossé entre les blancs, les noirs, les indiens et les métis

Le dialogue par la voie de la justice et de la réconciliation écarta la guerre civile

Sous le feu de la case en flamme, les femmes héroïques de Nder s’immolèrent

Pour que le maure ne les asservit pas, leurs corps se consumèrent dans les cendres

Qui se dispersèrent aux quatre points cardinaux portés par des vents généreux

Adolescent, j’ai su Telli Diallo mourir de soif et de faim, dans l’abominable Camp Boiro

Nous nous bâtîmes, sans échos, car un autre peul ne devait plus mourir d’être peul

En face, de l’autre côté de l’Atlantique, sur le continent américain, au Chili

Ses mains atrocement martyrisées, Victor Jara fut fusillé

Aujourd’hui encore ses chants, sa musique résonnent à travers la Pampa

Aucune arme n’a le pouvoir d’assassiner la liberté, la justice et les droits des peuples

Aussi vraie qu’aucune main ne peut arrêter les vagues

Le savoir est l’arme infaillible contre l’ignorance et la tyrannie

Et la connaissance porte le flambeau de l’honneur de l’esprit humain

Thierno Moussa Camara de Ganguel, érudit encyclopédique

Il décrivit avec précision la vaccination contre la peste bubonique par les peuls

Il fit l’étude sociopolitique des régimes politiques dans le Fouta

Homme de sciences, de sciences sociales et de sciences humaines

Ses écrits critiques demandent du courage aux universitaires qui les étudieront

Lorsque la matière devint énergie, que l’atome provoqua l’hécatombe d’Hiroshima

A LIRE AUSSI :   Administration fiscale : le député Djibril War veut mettre fin à la pagaille

Albert Einstein, inventeur de la formule magique « eu-égale-m-c-deux »

Qui écrite sur le papier, donna diaboliquement en pratique la bombe atomique

Le savant averti se démarqua de cette spirale du mal et devint le chantre de la Paix

Devant les toilettes pour blancs et les WC pour personnes de couleur

Surgit une femme noire, magicienne du calcul des trajectoires des satellites

Ses chiffres, ses graphiques inspiraient confiance aux astronautes blancs

La tyrannie du racisme la maintint des années durant inconnue des Américains

Enfin, les rideaux se levèrent, ils laissèrent apparaître au grand jour

Le visage vieilli de Katherine Coleman Goble Johnson

La NASA fut éclairée de sa couleur écarlate

Le savoir est l’ultime expression de l’honneur et de la dignité humaine

Quel est le prix du savoir

Sans aucun doute, l’honneur de sa reconnaissance suffit

Grigori Perelman, le mathématicien solitaire de Leningrad

Déclina, sans hésitation, tous les prix qu’il reçut
Car la découverte scientifique n’a pas de prix
La reconnaissance des pairs devrait combler le découvreur de bonheur

Jeunes gens, la créativité au service de l’Humanité n’a pas de prix

Le bonheur que procure la communauté des connaisseurs

Lorsqu’ils valident votre création n’a d’égal que la dignité qu’elle vous confère

Mary Teuw Niane

Publicités

Laisser un commentaire