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Apprendre à quelqu’un à pêcher : la fausse opposition entre l’aide d’urgence et le développement (par Dr Mark Shrime)

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Tout le monde connait ce proverbe chinois : « Donnez un poisson à un homme, vous le nourrissez pour un jour ; apprenez à un homme à pêcher, vous le nourrissez pour la vie »

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Pour ma part, je n’y adhère pas ; il crée un faux choix. Pourquoi ne pas faire les deux ? Après tout, il est plus facile d’apprendre quand on n’a pas faim.

En matière de santé mondiale, il nous arrive souvent de construire des images éronnées, en opposant l’aide d’urgence au développement, et en supposant ainsi que seul l’un d’entre eux devrait exister, le développement le plus souvent, et pour de nombreuses raisons valables. C’est une vision réductrice de la santé mondiale, qui peut laisser les patients au bord du chemin. Oui, les systèmes doivent se développer, mais pendant ce temps, qu’advient-il de nos patients ?

Une personne meurt toutes les deux secondes d’une maladie pouvant être traitée chirurgicalement. Plus des deux tiers de la population mondiale n’a pas accès à des soins chirurgicaux fiables, abordables et prodigués à temps, et près de la moitié de la population mondiale serait ruinée si elle avait devait prendre en charge elle-même ses soins chirurgicaux aujourd’hui. Le renforcement des systèmes chirurgicaux est un problème complexe dont les effets sur la santé et l’économie sont considérables : on estime, par exemple, que le manque d’accès aux soins chirurgicaux entraîne une baisse du produit intérieur brut des pays à revenu faible ou moyen pouvant atteindre 2 %.

Aborder ce sujet complexe avec une approche bienveillante – même si un peu étroite – peut être tentant. Par exemple en construisant de nouvelles infrastructures ou en formant de nouveaux prestataires. Mais les solutions simples ne répondent pas aux problèmes complexes. Le regretté Dr Paul Farmer avait coutume de dire qu’un véritable accès aux soins nécessite quatre éléments : l’espace, le matériel, le personnel et les systèmes, tous liés entre eux.

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Les nouveaux appareils d’anesthésie, par exemple, sont inutiles sans des personnes qui savent les manier, sans une salle d’opération dans laquelle ils peuvent être opérationnels et sans un système de santé publique qui reconnaît la nécessité de la chirurgie. Sans ces quatre éléments, l’amélioration des systèmes chirurgicaux avec une précision chirurgicale est vouée à l’échec.

Et puis, pour rendre les choses encore plus complexes, toute cette interconnexion doit également être proche du patient. Les soins chirurgicaux ne sont pas comme un vaccin Covid-19 par exemple. Cette pandémie nous l’a appris : la recherche, le développement et la production du vaccin peuvent être centralisés. Autrement dit, une fois le vaccin créé, approuvé et fabriqué dans de grandes usines, le système de santé n’a plus qu’un problème logistique à résoudre : maintenir les chaînes du froid et renforcer les réseaux de distribution.

Ce n’est pas le cas en chirurgie. L’ensemble des moyens de production – le personnel, l’espace, le matériel et le système, les personnes, l’électricité, l’aspiration, l’eau, l’infrastructure, la formation, l’oxygène – doit être centralisé autour du patient. La chirurgie ne peut pas être emballée dans une pilule, ne peut pas être mise en boîte à l’arrière de camions réfrigérés. L’ensemble de l’écosystème chirurgical, et les personnes qui y travaillent, doivent se trouver à proximité du lieu de vie des patients, sinon c’est comme s’il n’existait pas pour eux.

C’est ce qui rend le renforcement du système chirurgical si fascinant – et parfois frustrant – à mes yeux. C’est complexe, c’est passionnant, et c’est pourquoi j’aime travailler dans ce domaine. La transformation est lente. Elle se méfie des investissements à court terme. Elle nécessite l’établissement de partenariats. Ceux qui travaillent dans l’univers des ONG en particulier savent qu’il faut venir aux côtés du système de santé d’un pays pour l’accompagner sur son propre chemin. En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement d’« apprendre à un homme à pêcher », mais de pêcher ensemble, dans la même rivière.

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Cela signifie aussi soulager, cela signifie résister aux faux choix, cela signifie à la fois travailler aux côtés des systèmes de santé pour contribuer à leur développement et aider à assumer la charge chirurgicale pendant que nous sommes sur le terrain en mission.

Cela signifie pêcher, tout en apprenant à pêcher.

Mark Shrime :

Mark Shrime a obtenu une licence en biologie moléculaire à l’Université de Princeton en 1996, avec la mention summa cum laude.  Sa thèse de fin d’études portait sur la modélisation informatique de l’interaction protéine-ADN pour le Nm23, un suppresseur de tumeur impliqué dans le cancer du sein, du poumon, de la tête et du cou.

Il a obtenu son doctorat en médecine à l’Université du Texas en 2001, après avoir pris une année pour enseigner la chimie organique à Singapour.  La faculté de médecine a été suivie d’une résidence en oto-rhino-laryngologie dans le cadre du programme conjoint Columbia/Cornell à Manhattan, qu’il a achevée en 2006 et au cours de laquelle il a reçu le prix Arnold P. Gold Humanism in Teaching ; cette résidence a été suivie d’un stage en oncologie chirurgicale de la tête et du cou à l’université de Toronto en 2007.  Il a effectué un deuxième stage en chirurgie reconstructive microvasculaire, également à l’Université de Toronto, en 2008.  Pendant sa résidence et ses bourses, il a publié deux études de rentabilité sur des questions en otolaryngologie et sur le cancer de la thyroïde.

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Entre ses deux bourses, il a travaillé pendant six mois avec Mercy Ships en tant que chirurgien au Liberia.  Bien qu’il ait travaillé au Mexique et en Jordanie au cours de sa formation antérieure, c’était sa première expérience de soins chirurgicaux dans des régions en situation de post-conflit.  Il est retourné en Afrique de l’Ouest chaque année pour poursuivre son travail clinique et éducatif en chirurgie.

En mai 2011, il a obtenu un MPH en santé mondiale à la Harvard School of Public Health, où il était finaliste pour le prix Albert Schweitzer et le prix de reconnaissance des étudiants de la HSPH.  Il est professeur adjoint en oto-rhino-laryngologie à l’université de Boston et a exercé en tant que chirurgien oncologue et reconstructeur de la tête et du cou au Boston Medical Center et au Boston VA Medical Center.  Il entrera dans le programme de doctorat en politique de la santé en 2011 et s’intéressera à la modélisation de plateformes de prestation rentables pour les soins médicaux et chirurgicaux dans les pays en développement.

Mark est un chirurgien spécialisé dans le cancer de la tête et du cou et dans la chirurgie reconstructive à Boston. Il prépare actuellement un doctorat en politique de santé à Harvard. Il travaille aussi régulièrement en Afrique de l’Ouest et écrit sur des sujets liés à la chirurgie mondiale.

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