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Affaire Astou Sokhna : l’intersyndicale contre-attaque

L’Intersyndicale du personnel de santé (SAMES, SUTSAS, SYNTRAS, SATSUS) a réagi vigoureusement à la batterie de sanctions adressées au directeur de l’hôpital Amadou Sakhir Mbaye de Louga (limogé) et au personnel de garde (suspendus) le jour de la mort de Astou Sokhna, alorsqu’elle devait accoucher par césarienne.

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“Au regard de la retenue qui sied en ce genre de moments tragiques, par égard à la famille, mais également parce qu’une procédure judiciaire est en cours, nous avions pris le parti de garder le silence.Toutefois, à la suite des mesures conservatoires prises par la tutelle à l’endroit du personnel impliqué, il devient pour nous un devoir impérieux de rompre ce silence, face aux sanctions prématurées entreprises, alors qu’une enquête suit son cours et que surgissent des manipulations qui jettent à la vindicte populaire, d’honnêtes personnels de santé, qui ont voué leur vie entière à soigner, à guérir et à alléger les peines de leurs concitoyens”, se sont justifié ces syndicalistes.

Et de s’expliquer : “Nous sommes les premiers à réclamer que la justice fasse la lumière dans cette tragédie. Toutefois, étant donné que l’enquête est en cours, ainsi que les auditions, nous souhaiterions que celle-ci aille jusqu’à son terme, en l’occurrence jusqu’à l’autopsie. C’est seulement à ce stade, que l’opinion sera édifiée des tenants et des aboutissants de cette affaire et que toutes les responsabilités seront établies. Nous comprenons la charge émotionnelle que cette tragédie a drainée. Toutefois, nous appelons tout le monde à la retenue. L’erreur consisterait à ériger les personnels de l’hôpital de Louga en responsables des maux dont nos concitoyens souffrent à longueur de journée dans nos structures sanitaires, partout au Sénégal. Cela serait injuste, malhonnête et contreproductif. La vérité est que nous personnels de santé sommes les premières victimes des insuffisances de notre système de santé, que nous dénonçons avec ardeur depuis des années. Il est commode de nous désigner comme boucs-émissaires au niveau local, pour des manquements endémiques qui engagent l’Etat et dont nous savions tous qu’ils produiraient immanquablement des tragédies de ce genre. Aussi, dénonçons-nous les mesures prises par le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale. Comme tout justiciable de ce pays, nos sage-femmes et gynécologues doivent bénéficier d’une présomption d’innocence que leur garantit la loi, jusqu’à ce que l’enquête prouve leur culpabilité ou leur innocence.”

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Pour eux, cette mesure est d’autant plus aberrante, que malgré cet événement tragique, l’hôpital continue de fonctionner et nous continuons de délivrer nos soins à des milliers de nos concitoyens. Or, cette sanction précipitée handicape lourdement le fonctionnement déjà précaire de la maternité qui ne compte actuellement que 2 gynécologues contractuels et 15 sage-femmes réparties en 5 équipes, qui se relaient aux gardes et astreintes de la salle d’accouchement.

“Il apparait clairement que dans cette atmosphère émotionnelle propice aux surenchères et à la manipulation, il existe une volonté manifeste de nous jeter en pâture. Toutefois, ce qui nous maintient forts dans la ferme conviction que c’est avec foi, honnêteté détermination et abnégation que nous continuerons à remplir notre sacerdoce, ce sont les centaines de témoignages de femmes et d’hommes qui ont été traités avec humanité et professionnalisme ici à l’hôpital de Louga, par les mêmes personnels dont on essaie aujourd’hui de souiller l’honneur. Il suffit d’être venu une seule fois dans notre structure, pour voir à quel point elle est négligée depuis plusieurs années. En effet, le projet de réhabilitation du pole « mère–enfant » piloté par le Programme d’Amélioration de la Santé de la Mère et de l’Enfant (PASME), entrepris depuis janvier 2019 et qui devait être livré en décembre 2019 est à l’arrêt depuis mars 2020, à cause d’un litige que l’Etat est incapable de résoudre jusqu’à ce jour. Cette situation a eu comme conséquences : la réduction de la capacité d’accueil de la maternité de plus de la moitié, avec une délocalisation de la salle des suites de couche dans un autre service ; la perte d’un bloc opératoire ; avec affectation de 02 salles exiguës, inadaptées et non équipées au bloc opératoire central ; la réduction de la capacité d’accueil des salles des patientes ayant des grossesses pathologiques et des patientes en post-opératoires, conduisant à mettre parfois 2 à 3 parturientes par lit et le ministère ne peut pas dire qu’il n’est pas au courant de cette situation ; beaucoup de rapports sur l’état de la maternité ayant été envoyés à la tutelle et des missions dépêchées ; l’insuffisance en ressources humaines”, disent-ils.

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“Abdoulaye Diouf Sarr devrait être démis de ses fonctions”

L’hôpital en janvier 2022 comptait 409 agents, dont seulement 73 étatiques et 18 contractuels du ministère. Le reste est constitué de 318 agents (correspondant à 77,7% des agents), soit 83 CDI ; 42 CDD ; 50 prestataires ; 129 stagiaires rémunérés ; 9 médecins stagiaires, 4 ASP et 1 agent des collectivités locales à la charge de l’hôpital. Malgré ces difficultés, la maternité a enregistré en 2021, dans un contexte de Covid-19, 25 839 consultations, 4887 accouchements dont 3245 par voie basse et 1642 césariennes, 18 décès soit 0,3%. Il s’y ajoute, d’après ces blouses blanches, la ponction non justifiée de 100 millions de francs CFA sur la subvention annuelle de l’État, effectuée en début 2021 et qui n’a été notifié qu’en décembre de la même année, alors que le budget l’avait déjà pris en compte. Ce qui a bien plongé la structure dans une précarité financière sans précédent.

Par ailleurs, depuis septembre 2021, l’hôpital régional n’arrive pas à payer les gardes et les astreintes, situation pareille pour les motivations depuis janvier 2022, alors que nombre d’agents ne dépendent que de ces émoluments. Cela n’a malgré tout, pas empêché la continuité du service par le personnel. Ce qui leur fait dire ceci : “Le président de la République vient de limoger notre directeur. Dans un pays où la justice place tous les citoyens au même niveau, le ministre de la Santé et de l’Action Sociale devait alors être démis de ses fonctions, s’il n’a pas daigné lui-même présenter sa démission. Plus que quiconque, il est responsable de la situation actuelle, qui fait de nos concitoyens, patients comme personnels de santé, des victimes de plusieurs années de manquements. Toute faute doit être sanctionnée et nous demandons à ce qu’elle le soit, toutefois nous exigeons que cela soit fait de manière impartiale et au terme d’une enquête rigoureuse, situant les différentes responsabilités à tous les niveaux.”

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Enfin, en réponse aux mesures conservatoires prises et l’exigence légale et légitime de soins de qualité par la population qui passe nécessairement par des locaux adaptés, un relèvement du plateau technique et des ressources humaines suffisantes et qualifiées, l’intersyndicale a décidé de suspendre toutes participations aux activités de soins à la maternité qui ne répondent pas aux normes qualitatives requises à compter de ce jour en conformité avec l’article 4 du code de la Déontologie Médicale qui stipule que « En aucun cas, le médecin ne doit exercer sa profession dans des conditions qui puissent compromettre la qualité des soins et des actes médicaux . Le Directeur de la Santé Publique est habilité à s’assurer des conditions dans lesquelles sont effectués les soins et les actes médicaux ».

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