Remplacement « 7 places » : les voyageurs jubilent, les chauffeurs attendent les modalités d’acquisition

Après la réception, mercredi dernier, par le chef de l’État, du premier lot de minibus climatisés de 15 places devant remplacer les « 7 places », les voyageurs de la gare des Baux maraîchers de Pikine jubilent, espérant plus de confort et de sécurité et à un tarif abordable. Du côté des chauffeurs, c’est la prudence en attendant de voir les conditions et modalités d’acquisition.

Valise traînante, boubou noir volant au gré du volant, Ibrahima Lèye vit déjà au rythme du grand Magal avant même de rejoindre la capitale du Mouridisme. Marchant lentement vers le garage des « 7 places », il reprend de vive voix des khassaïdes (poèmes de Cheikh Ahmadou Bamba), distillés par les hauts parleurs de la mosquée de la gare des Beaux maraîchers.

Le fidèle mouride est accueilli par un jeune docker proposant ses services. Après avoir respectueusement décliné la sollicitation, Ibrahima dépose ses bagages sous l’ombre d’une grande tente, se joignant ainsi à une dizaine de passagers en pleine discussion en face des centaines de véhicules « 7 places ».

De jeunes rabatteurs font la promotion de plusieurs destinations : « Dioffior », « Touba », « Saint-Louis »… Pour Ibrahima, c’est déjà décidé. Tout souriant, il doit rejoindre sa famille établie à Touba Darou Marnane. Comme chaque année, ce type de véhicule est son choix. « C’est plus rapide », tranche-t-il brièvement. Le bonhomme n’est pas encore au courant du projet de renouvellement du parc automobile qui consiste à remplacer les « 7 places » par des minibus de 15 places. Après quelques détails sur le projet, il fait part d’un plus grand intérêt. « C’est toujours préférable d’être à bord d’un véhicule climatisé en ces temps de canicule. C’est bien d’avoir des véhicules neufs. C’est un gage de sécurité », commente-t-il avant de s’interroger sur la différence de prix. « Peut-être qu’on paiera moins cher comme il s’agit de 15 places », espère-t-il.

Témoin d’une discussion entre chauffeurs de « 7 places », Oumou Ndao est au courant de la réception d’un premier lot, mercredi dernier, par le Président de la République. Emmitouflée dans une robe moulante rose et l’éventail constamment agité, la jeune dame, assise en face du guichetier, jubile.

« Ces véhicules sont vétustes. On n’en fabrique plus depuis belle lurette. Ils sont à l’origine de plusieurs accidents. C’est ambitieux d’avoir des véhicules 15 places climatisés », s’enthousiasme-t-elle. Son autre préoccupation est le tarif. « Nous savons tous que le voyage à bord des véhicules « 7 places » est plus cher. Nous espérons payer moins si le projet aboutit », ajoute Oumou.

De l’avis d’Ousmane Diané, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Habitué à voyager à partir des Baux maraîchers, le commerçant en partance pour Kaolack a hâte de voir ces véhicules à l’intérieur de cette gare de la banlieue. Pour lui, cela va permettre aux passagers de voyager dans le confort et la sécurité. « Même s’ils offrent toujours du bon service, les véhicules « 7 places » ont fait leur temps. Le parc devait être renouvelé depuis fort longtemps. Nous attendons avec impatience les premiers voyages à bord de ces véhicules climatisés », espère-t-il.

Assis à côté d’Ousmane, Lahat, lui, est convaincu de la pertinence du projet. Cependant, il n’y croira que lorsqu’il verra, de ses propres yeux, ces véhicules assurer le transport entre la capitale et les autres régions.

Les chauffeurs à l’écoute de leurs responsables

Le garage des véhicules « 7 places » de la gare des Baux maraîchers est bien garni. Des voitures de diverses couleurs y sont stationnées. En attendant une clientèle, certains chauffeurs sont couchés sous l’ombre. D’autres prennent le thé dans une grande communion. L’information concernant la réception du premier lot de véhicules devant remplacer les « 7 places » a bien circulé. Comme le confirme Modou Ndiaye. Détendu sur une natte, le chauffeur, la quarantaine bien sonnée, préfère avoir les modalités d’acquisition avant de trop s’avancer sur la question.

« Nous avons des responsables. Après leur rencontre avec les autorités, ils vont nous livrer les principaux détails », insiste-t-il, le propos sérieux, main sous le menton.

Son camarade Ousseynou est concentré sur son smartphone, à deux mètres de son véhicule de type « 7 places ». Agacé par la récurrence des pannes, l’homme de forte corpulence se dit favorable au projet de renouvellement du parc. Cependant, il préfère jouer la carte de la prudence, le temps d’avoir toutes les informations.

« Nos syndicats sont nos interlocuteurs. Ce sont eux qui nous informent après les audiences avec les autorités du ministère des Transports. Pour le moment, je ne peux pas trop m’avancer. Je préfère connaître d’abord les modalités d’acquisition et les termes du contrat », indique-t-il.

Un chauffeur démontant l’un des pneus de son véhicule à quelques mètres adopte la même ligne de conduite. Pour lui, il est hors de question d’apprécier quoi que ce soit. « Je suis à l’écoute de nos responsables syndicaux », répond-il sèchement.

Au bureau du regroupement des transporteurs, trois hommes en position debout trient les différents colis à transporter par les chauffeurs ou à remettre à leurs propriétaires. Parmi eux, l’un des responsables du syndicat, Moussa Ndiaye. Lui non plus ne veut pas s’épancher outre mesure sur le sujet. « Nous sommes au courant du projet de renouvellement du parc. Nous sommes à l’écoute de nos responsables syndicaux », indique-t-il.

Serigne Mor Boye, président du groupement des transporteurs de la gare des Baux maraîchers : « Nous allons accompagner et soutenir le processus »

Le président du Regroupement des transporteurs de la gare des Baux maraîchers de Pikine, Serigne Mor Boye, salue l’acquisition du premier lot de minibus devant remplacer les véhicules « 7 places ». Pour lui, il s’agit d’un projet qui vient répondre aux attentes de longue date du secteur des transports. «  Nous remercions le Chef de l’État, Macky Sall, pour cet important projet de renouvellement du parc. Nous sommes d’accord à 100 % et nous allons accompagner et  soutenir le processus, car le monde évolue et les clients exigent de meilleures conditions de transport », déclare-t-il.

Pour ce qui est des modalités d’acquisition, le responsable préfère attendre la rencontre avec les autorités de tutelle pour, en retour, informer ses membres.

« À l’issue de nos échanges avec le ministre des Transports terrestres, des Infrastructures et du Désenclavement, Oumar Youm, et le directeur des Transports  routiers, nous allons informer tous les chauffeurs. Des discussions vont permettre de savoir si les propriétaires de véhicules « 7 places » seront dédommagés ou si la valeur du véhicule remplacé sera pris en compte dans les opérations d’acquisition du minibus », explique Serigne Mor Boye.

Le Soleil

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