Portrait – Fatoumata Ndiaye, l’Amazone du Fouta

Son slogan, ‘’Fouta Tampi’’ (le Fouta est fatigué) a fait le tour du Sénégal, depuis des semaines. Mais Fatoumata Ndiaye, Coordonnatrice du mouvement, garde toujours la tête sur les épaules. D’un tempérament fougueux et ne reculant devant aucun obstacle, cette Ouakamoise de naissance, du haut de ses 39 ans, entend porter le combat des populations du Fouta en proie au sous-développement et à l’enclavement de leur terroir.

Cette ancienne militante de l’Alliance pour la République (APR), qui a multiplié les petits boulots, entend croiser le fer avec les pontes du régime coupables, à ses yeux, d’avoir trahi les promesses faites aux habitants de cette contrée.

Elle parait un peu fragile, cette femme de taille moyenne et de teint clair, qui s’avance timidement vers la forêt de micros, dans cette rue étroite de l’Unité 16 des Parcelles-Assainies où se tient la conférence de presse du mouvement Y en a marre, ce 21 juin.

Fatoumata Ndiaye, Coordonnatrice du mouvement Fouta Tampi (le Fouta est fatigué !) qui revient d’une visite un peu mouvementée dans la ville de Ourossogui, s’avance lentement, mais sûrement vers les journalistes. Vêtue d’une robe traditionnelle de couleur bleue, les traits de son visage trahissent une certaine fatigue. Les soins du maquillage ont du mal à cacher ses traits tirés. Son menton bien prononcé, ses joues un peu creuses qui délimitent un timide sourire et ses yeux un peu bridés s’enfonçant un peu plus dans son visage, notre héroïne du jour semble encore porter les stigmates de la rude bataille qui l’a opposée aux nervis du maire de Ourossogui, Moussa Bocar Thiam, quelques jours auparavant.

D’une voix faible, cette native de Ouakam revient sur ses multiples péripéties de Ouroussogui, la dernière grande étape de la tournée présidentielle dans le Fouta.

Très vite, la nature reprend le dessus et d’une voix beaucoup plus ferme, elle se lance dans une vraie diatribe contre le régime de Macky Sall et les forces de défense et de sécurité coupables, à ses yeux, d’avoir trahi les aspirations du Fouta et d’avoir laissé le champ libre aux nervis qui se sont attaqués aux membres du mouvement Fouta Tampi.

Le ton est ainsi donné. Déclarée persona non grata par le maire de Ourossogui Moussa Bocar Thiam, elle ne démord pas. Elle compte continuer son combat pour le Fouta. Elle rembobine le film de la journée de manifestations contre le régime de Macky Sall qu’elle accuse d’avoir trahi les aspirations de son ‘’Fouta bien-aimé’’.

L’attitude menaçante des nervis, juchés sur des pick-up, l’indifférence des forces de l’ordre face aux assauts de ‘’boules de muscles’’ qui voient rouge aux moindres protestations contre le régime de Macky Sall. Rien n’échappe au réquisitoire acerbe de la coordonnatrice de Fouta Tampi.

Si les tee-shirts estampillés ‘’Fouta Tampi’’ et les brassards rouges ont déchainé la colère des nervis, la générosité des habitants de la localité lui a aussi rappelé la valeur de son combat pour la résurgence et le rayonnement du Fouta, chers à son idole Thierno Souleymane Baal, leader la révolution torodo en 1776, indique-t-elle avec le sourire.

‘’Des nervis du maire de Ourossogui (NDLR : Moussa Bocar Thiam) ont aussi attaqué une maison où je m’étais réfugiée, après les premières échauffourées. J’ai dû fuir vers la forêt de Kanel, pour échapper aux attaques des nervis, avant de rejoindre Dakar. Je suis déterminée, car on se bat pour une cause juste. Il faut aller jusqu’au bout’’.

Même si la peur, les angoisses et les menaces physiques et verbales semblent avoir un peu émoussé sa combativité, elle n’en demeure pas moins décidée. ‘’Je suis déterminée dans cette quête, car on se bat pour une cause juste et noble. Il ne faut pas avoir peur d’aller jusqu’au bout. Je suis prête à me sacrifier pour le Fouta’’, déclare-t-elle avec force.

Femme de ménage, puis vendeuse de maïs au marché à Ouakam

Mais il faut dire que cette fille d’un vétéran de l’armée sénégalaise porte en elle les cicatrices de la vie. Issue d’une famille polygame et comptant une dizaine de frères et de sœurs, elle a fréquenté, dès l’âge de 7 ans, l’école Camp de Ouakam jusqu’à la classe de CM2. Mais les fins du mois difficiles dans la famille l’ont poussée à abandonner les études.

“J’avais un amour incommensurable pour mes parents qui ont divorcé quand j’étais enfant. Je vivais avec ma mère, mais j’allais en vacances chez mon père, à Kanel. J’avais de bonnes notes à l’école, mais devant les difficultés de la vie, j’ai dû arrêter mes études pour aider financièrement ma mère. Ainsi, je suis devenue femme de ménage à la cité Mamelles et j’étais payée 17 500 F par mois’’, souffle-t-elle avec force.

Très débrouillarde, cette mère de quatre enfants s’engage dans la vente de maïs chez elle et au marché. ‘’Je me rendais le plus souvent possible au marché de Thiaroye pour acheter du maïs. Après les avoir grillés, je les revendais au détail près de chez moi et au marché 7/7. Je me rendais sur mon lieu de travail à 16 h pour vendre mes produits. Il m’arrivait de rester là-bas jusqu’à 21 h, quand je n’arrivais pas à écouler mes produits’’, affirme-t-elle.

Toutefois, son premier divorce, au bout de cinq ans de mariage dans le village de Yoff, plus précisément au quartier de Yoff Ndennate, et le décès de son père en 2006 ont ouvert une brèche dans cette carapace qui se veut impénétrable. ‘’Cette période de ma vie a été très douloureuse pour moi, car j’étais très attachée à mon père. Après mon divorce, je me suis rendue au Fouta pour être plus proche de ma mère. Elle avait décidé, en 2000, de retourner vivre au Fouta. On allait cultiver le mil, des haricots et le riz dans notre village de Wodoberé, à 42 km de Matam. Car une grande partie de notre famille est restée au Fouta’’, raconte-t-elle.

Du passage à la section APR de Ouakam à Fouta Tampi

Les balades près des rives du fleuve Sénégal, les couchers de soleil dignes de cartes postales, son amour pour les gens simples au Fouta la poussent à s’engager davantage pour le rayonnement de ce Fouta des terroirs. D’un tempérament fougueux, cette amazone s’engage corps et âme en politique en 2009, pour le candidat Macky Sall, en qui elle fonde tous ses espoirs pour redorer le blason de son terroir.

“A mon retour à Dakar, plus précisément dans la maison de mon grand-père à Pikine, j’ai repris mes activités commerciales comme vendeuse de jus et de bananes. Je me suis alors engagée dans les rangs de l’APR que venait de fonder Macky Sall, en 2009. Je me rendais souvent au Fouta pour la campagne d’enregistrement sur la liste électorale pour les personnes âgées. Je militais dans la section APR de Ouakam, avec comme responsable Momar Guèye. Je croyais vraiment qu’on allait changer les choses avec Macky Sall, à cette époque’’, déplore-t-elle.

Un second mariage ne freine pas son ardeur pour la défense des intérêts du Fouta. En effet, elle adhère aussi au mouvement apolitique Président Yedio Fouta (Président souviens-toi du Fouta) fondé par Tilène Ndiaye en 2009 et qui, selon elle, vise à soutenir les initiatives dans beaucoup de domaines comme l’éducation et la santé de base. Attachée à sa liberté sans être libertaire, elle s’engage aussi pour la défense des droits des femmes (mouvement Akhou Yelef Djiguène) dont elle reste toujours membre de cette association. Dotée d’une gouaille sans pareille, au service de son mentor de l’époque Macky Sall, elle se bat sans faille pour le triomphe de l’APR au Fouta et à Dakar, au détriment de son second mariage.

“J’ai divorcé à nouveau en 2019 de mon second mari, après 13 ans d’union. On a eu trois enfants. Je crois que mon engagement politique m’a, d’une certaine manière, coûté mon couple. Mon mari, ingénieur en génie civil, n’était pas favorable à cet engagement politique’’, souligne-t-elle, la voix un peu teintée de tristesse.

Naissance de Fouta Tampi

Se présentant comme la voix des sans-voix du Fouta, sa passion pour sa contrée de cœur n’a d’égal, désormais, qu’aversion pour le régime de Macky Sall qui n’a pas respecté ses promesses faites aux Foutankés. Révolutionnaire sans vraiment être réactionnaire, elle lance, en compagnie de Seydou Thiam alias ‘’Baye Niasse’’ et Adama Sy alias ‘’Double cerveau’’, le mouvement Fouta Tampi, le 5 avril dernier. ‘’On s’est connu à travers les réseaux sociaux. On a ensuite échangé par téléphone. A la base, notre mouvement devait s’appeler Fouta Tampi, Fouta Mayi (le Fouta est mort). Mais c’est le premier mot qui accrochait le mieux avec les médias. On est donc resté avec Fouta Tampi. Nous avons lancé le mouvement pour montrer aux Sénégalais les vrais problèmes auxquels font face les habitants du Fouta, loin du saupoudrage et des déclarations du régime’’, confesse-t-elle.

Pour sa grande sœur Diami Sow, cette implication dans le bien-être du Fouta est en droite ligne de son caractère généreux et son amour irréductible pour l’éclatement de la vérité. ‘’Fatou est une personne dévouée à sa mère et ses frères et sœurs. Elle serait capable de faire n’importe quoi pour leur bonheur. En outre, elle est franche et véridique, n’hésitant pas à dire ce qu’elle pense, dans n’importe quelle situation’’, souligne-t-elle.

De son côté, Seydou Thiam, un des membres fondateurs de Fouta Tampi, évoque une femme honnête et à l’écoute de ses amis. ‘’J’ai connu Fatou cette année, dans le cadre de la création de Fouta Tampi. J’ai trouvé une personne engagée, qui ne recule devant aucune difficulté. Elle déteste tout ce qui est lié à la médisance et les commérages, et a un profond respect pour les gens engagés dans la lutte pour le Fouta’’, affirme-t-il.

Exil forcé à Touba pour échapper aux nervis

Les avant-gardistes prennent souvent les coups les durs. Et des coups, Fatoumata Ndiaye avoue en prendre régulièrement. Des coups de fil anonymes, des menaces verbales et physiques ont eu souvent raison de sa témérité et de son courage. ‘’Je dois avouer que, parfois, j’ai peur pour ma sécurité. J’ai dû laisser les enfants à leur père, pour plus de sécurité. Des gens s’incrustent chez moi régulièrement pour me menacer. A un moment donné, je me suis même refugiée à Touba, après la Korité, pour échapper aux intimidations’’, révèle-t-elle.

Indépendante dans l’âme et dans l’esprit, cette disciple tidiane attachée à la philosophie de Serigne Ababacar Sy vit sous une intense pression qui la pousse régulièrement à changer de lieu de résidence à Dakar. ‘’Une fois, des nervis sont venus chez moi à Ouakam pour m’attaquer.

Heureusement, des pensionnaires d’une salle de sport sont venus à mon secours et les ont forcés à rebrousser chemin. J’ai même été blessée à la main, avant la Korité, à la cité Comico de Ouakam, après cette attaque par des nervis’’, raconte-t-elle.

Qu’en est-il des plaintes déposées à la police et à la gendarmerie ? Elle lâche un petit soupir : ‘’J’ai porté plainte à plusieurs reprises contre X, mais ça n’a servi à rien, jusqu’à présent. Je pense même trouver une arme pour assurer ma propre sécurité’’, souligne-t-elle.

De nature curieuse sans vainement être une Geek, Fatoumata Ndiaye vit désormais du commerce en ligne via sa page Facebook. ‘’J’expose des produits sur ma page Facebook. Depuis cette plateforme, je peux ainsi discuter avec des clients qui passent leurs commandes’’, renseigne-t-elle.

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