Piratage : l’Union africaine de radiodiffusion et Canal+ au front

Le piratage du signal des chaînes TV lors de la diffusion des événements sportifs constitue un vrai manque à gagner pour l’industrie audiovisuelle, aujourd’hui. Durant le Championnat d’Afrique des Nations qui s’est déroulé en terre camerounaise en janvier-février 2021, l’occasion a été donnée à l’Union Africaine de Radiodiffusion de (re) faire le constat des dérives qui s’opèrent dans l’univers satellitaire et sur internet aux heures de diffusion des matchs. Sur 32 rencontres livrées en 21 jours, plusieurs ont fait l’objet d’un piratage.

Des esprits malins ont repris allègrement le signal pour non seulement diffuser les matchs impliquant leurs équipes nationales, mais aussi, pour le redistribuer à ceux qui n’avaient pas les droits.

Alors que la CAN arrive à pas de géants, les acteurs impliqués dans l’exploitation des droits de retransmission des matchs veulent stopper la saignée. Le 15 octobre 2021, la lutte conjointe contre le piratage des programmes sportifs était au centre des discussions entre la délégation du groupe Canal+ et les responsables de l’Union Africaine de Radiodiffusion, à Dakar. 

La rencontre présidée par le directeur général de l’UAR, Grégoire Ndjaka avait pour but la mise en synergie des efforts technique et juridique pour la sécurisation du signal des chaînes africaines dont les gouvernements dépensent des sommes colossales pour acquérir les droits. Objectivement, il était très important pour les deux parties de défendre la question des droits de diffusion des matchs. Il en va de l’avenir des chaînes de télévision qui compte sur le marché publicitaire pour se refaire une santé financière lors des grandes compétitions.

Toutefois, l’UAR se heurte à de nombreuses difficultés émanant du terrain. «Notre préoccupation permanente est celle de la protection du signal TV. Il faudrait que le combat contre la piraterie se fasse sur tous les plans. Est-ce que celui qui diffuse le match en a qualité ? Si oui, il n’y a pas de problème. Sécurisez votre signal. Mais si vous n’avez pas de contrat de diffusion, devrait-on vous laisser opérer dans l’illégalité alors que d’autres payent ?», s’interroge le DG de l’UAR.

Alexandre Gruner, directeur des Relations Chaînes et Partenariats à Canal+ s’est voulu rassurant quant aux prouesses techniques dont dispose le Groupe dans la sécurisation du signal. « Dès le moment où on constate que le signal de la CAN ou de la Coupe du Monde est capté illégalement à partir de l’une des chaînes du bouquet Canal ou d’un de nos décodeurs, soyez-en sûrs, on va couper ! Le bouclier anti-missile est presque prêt », a-t-il indiqué.

Sebastien Punturello, directeur général de Canal+ Sénégal, reconnaît qu’il s’agit-là, d’une tâche ardue. «Je passe au moins 20 à 30% de mon temps à lutter contre le piratage du signal. Depuis plusieurs années, nous menons le combat activement grâce à l’appui des relations de proximité, les autorités, différents ministères (Culture, Communication, Justice) ainsi que le Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel – CNRA Sénégal».

Un peu partout sur le continent, le piratage du signal se développe de façon artisanale, aidé par les progrès des TIC et «d’autres concurrents dont les taux d’audience frôlent parfois ceux de Canal+ alors qu’ils n’ont pas les droits de diffuser dans certains  territoires en Afrique sub-saharienne», reconnaît  le responsable de Canal+, au Sénégal.

Qu’il soit en clair ou crypté, le piratage du signal constitue une gangrène. Un signal qui n’est pas acheté in fine et qui se retrouve entrain d’être diffusé constitue un frein pour l’évolution de l’industrie audiovisuelle. D’où la détermination des deux parties à se retrouver dans les prochains jours à Paris, pour d’autres concertations.

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