Les moyens illégaux d’une opération de com’ (par Jean Meissa Diop)

Il faudra bien, désormais, se méfier les uns les autres, surtout dans les conversations téléphoniques, surtout si nous ne sommes pas sûrs de ne pas être filmés en certaines circonstances de moment et de lieu… L’affaire de l’enregistrement d’une conversation entre le jeune leader politique Ousmane Sonko et le ministre Mansour Faye administre une énième fois dans ce pays que, jusqu’à preuve du contraire, personne n’est sûre. Le sommet de cette pratique introduite par les technologies de l’information et de la communication aura été l’enregistrement de confidences d’Abdoulaye Wade, alors président de la République par son propre directeur de cabinet, Idrissa Seck qui en fit l’usage déloyal que les Sénégalais, les chercheurs et les observateurs ne doivent pas avoir oublié. Il y a eu cet entretien au sein du Groupe Futurs médias qui se solda par un retentissant scandale de corruption. Il y aurait eu des captages à la caméra de rencontres scabreuses ayant mis en scène des personnages – hommes et femmes, jeunes et adolescent-e-s très bien ou peu connus dans ce pays.

« Telle personnalité a été filmée », susurre-t-on de temps à autre. L’objectifs des cameramen ou camerawomen amateur-re-s serait le chantage en vue d’une extorsion de fonds, d’obtention d’avantages indus, de destruction de réputation…

Tant que les technologies de l’information et de la communication n’auront pas révélé à leurs usagers les prouesses qu’ils pourraient en tirer, il faudra être sur ses gardes et savoir que l’enregistrement traître peut avoir été réalisé et détenu, non pas par votre pire ennemi, mais par votre étroite relation. Tout le monde devra se méfier de tout le monde. Le smartphone qui en se démocratisant a banalisé son usage a multiplié de manière exponentielle le risque que tout le monde photographie, enregistre et filme tout le monde. Et, pour ne rien arranger, se sont ouverts partout et avec un accès plus que facile des plateformes à partir desquelles se répandent les produits audiovisuels traîtres.

Il n’est presque rien ressortit de « l’enregistrement de Sonko par Mansour Faye » ; rien à part un effet d’annonce qui a tenu en haleine tout un pays – tout un pays, sauf les deux protagonistes et leur témoin qui se trouve être un magistrat de haute hiérarchie. Mais, le danger est établi – depuis fort longtemps, d’ailleurs – que des documents audiovisuels de ces style et contenu peuvent être des instruments entre les mains de manipulateurs et de maîtres chanteurs. Un ministre de la République aurait dû, pour son image et sa crédibilité, s’épargner d’évoquer pour sa contre-offensive des moyens illégaux.

Le sieur Mansour Faye l’a échappé belle pour s’être prévalu détenteur de données privées dont il se proposait, d’ailleurs, de divulguer le contenu à la presse. Il s’exposait ainsi aux réprobations de la Commission nationale des données personnelles et, éventuellement, à des poursuites judiciaires. Encore que, selon des juristes, un enregistrement vocal ne serait pas une preuve irréfragable d’une affirmation ni négation.

Il y a une morale de la démocratisation du smartphone ou de toute autre technologie pouvant produire des prouesses similaires ; et cette morale nous ramène à ce que nous avons écrit ci-haut : il faudra être sur ses gardes. Nos religions nous enseignent de nous aimer les uns les autres, il faut désormais de tout le monde, y compris du prochain qui peut user à notre encontre des pires moyens.

Jean Meïssa DIOP

Walf Quotidien n° 8560 du 09 octobre 2020

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