Le Pr Seydi prescrit le pardon à son agresseur qui écope le sursis

Le tribunal des flagrants délits de Dakar a jugé, hier, A. Ng. Guèye, l’homme qui a agressé verbalement le Pr Moussa Seydi. Après une disqualification des faits d’outrage en injures publiques et de mise en danger de la vie d’autrui en violences et voies de fait, le prévenu a écopé d’une peine de six mois assortie du sursis.

Des regrets et des excuses ! A. Ng. Guèye, l’homme qui a agressé verbalement le Pr Moussa Seydi, au cimetière de Yoff, a battu sa coulpe, hier, lors de sa comparution à la barre des flagrants délits du Tribunal de grande instance de Dakar.

L’ingénieur établi en France, venu passer la Tabaski en famille mais qui l’a finalement célébrée en prison, a fait son mea culpa. Dès que le juge lui a notifié les préventions d’outrage à agent dans l’exercice de ses fonctions et de mise en danger de la vie d’autrui qui pesaient sur lui, le prévenu a rétorqué : « je n’ai jamais eu l’intention d’attenter à la vie de qui que ce soit ». Puis, il a insisté à faire une déclaration liminaire.

« Je souhaite exprimer mes regrets. Ce n’était pas le lieu, ni le moment, donc je voudrais présenter mes excuses et pas une seule fois, je n’ai voulu mettre en danger la vie du Pr Seydi », a-t-il déclaré. Revenant sur les faits, A. Ng. Guèye a expliqué qu’il a voulu instaurer un débat scientifique avec le chef du service des maladies infectieuses de Fann.

« Je lui ai juste posé une question relative au soubassement de la mesure d’interdiction du rapatriement des corps des personnes mortes de Covid-19. Je lui ai demandé un argument scientifique. Il m’a donné une réponse qui ne me satisfaisait pas. On s’est expliqué, mais point de violence ni de menaces », s’est-il justifié non sans nier avoir traité le médecin de criminel. Ces explications faites, il s’est encore confondu en excuses, mais le président lui a rappelé qu’il lui fallait d’abord s’expliquer sur les faits. Ainsi, lorsqu’il a été interrogé par la représentante du procureur, il a précisé que c’est un individu qui lui a montré le Pr Seydi et il s’est dirigé vers lui puisque la question le taraudait. « Je ne lui reproche rien. Je voulais juste un renseignement scientifique, pas plus. Je n’aurais pas dû le faire et je le regrette », a-t-il dit. Et le maître des poursuites de l’inviter à dire plutôt ce qu’il regrettait concrètement.

« Je regrette de l’avoir traité de fuyard et c’est son comportement que je qualifie de lâche et non sa personne. Peut-être si j’avais parlé en wolof, on n’en serait pas là », a confessé le prévenu avant d’ajouter : « je le regrette mille fois ».

Pour Me Mbaye Dieng de la partie civile, le prévenu doit dire la vérité pour que ses excuses soient sincères. « Il a bien suivi le Pr Seydi à bord de sa moto. Il peut porter plainte contre l’État du Sénégal ou initier une pétition au lieu de s’en prendre au Pr Seydi. Nous aurions préféré la vérité entière avant de regretter », a-t-il martelé. Néanmoins, lui et Me Bamba Cissé ont présenté le désistement de leur client.

« Pr Seydi n’a jamais été cité dans des débats futiles. C’est un scientifique. Son intention de départ n’était pas de porter plainte mais dans le passé il a été victime de ça. Il a pardonné mais il veut se prémunir pour que cela n’arrive plus », a justifié Me Cissé tout en plaidant le renforcement de la sécurité des médecins à qui il a rendu un vibrant hommage pour leur travail dans la lutte contre la Covid-19.

La défense n’a pas non plus manqué de saluer le travail du Pr Seydi. Cependant, elle a jugé sévère la peine de six mois ferme requise par le Parquet. Les avocats de A. Ng. Guèye estiment que leur client a assez payé alors qu’aux yeux de Me Aboubacry Barro, « il est victime de sa curiosité intellectuelle ».

« C’est un malheureux incident. Il a raté la Tabaski. Il a suffisamment payé sa faute », a plaidé Me Baba Diop. Me Daouda Seck considère que même si leur client a tort, le Pr Seydi n’a dit nulle part que sa vie était mise en danger. C’est pourquoi, Mes Ndoumbé Wane et Cheikh Ahmed Tidiane Ndao ont sollicité la bienveillance du tribunal.

« Le prévenu a demandé pardon et la partie civile a pardonné. Dès lors, il n’est pas bien de l’envoyer en prison surtout dans ce contexte de Covid-19», a imploré Me Samba Ametti. Le tribunal a finalement disqualifié les faits d’outrage en injures publiques. Pour la répression, A. Ng. Guèye a écopé d’une peine de six mois assortie du sursis.

Le Soleil

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