Hommage à Iba Der : « Nous perdons un père, un modèle, une personne juste » (par Kader Thiam)

Celui que certains appelaient respectueusement et affectueusement Professeur, et que nous appelions plus simplement papa s’en est allé. A l’image de sa vie, il s’en est allé discrètement sans fioritures, sans déranger ses proches. Nous perdons un père, un modèle, une personne juste, pleine d’abnégation et ne transigeant pas sur ses principes. C’était un intellectuel, un homme de passion et de combats multiples. Il ne connaissait qu’une ligne directrice : le travail, la rigueur scientifique, le débat d’idées et le respect des personnes qui ne partageaient pas ses idées. La seule compromission qu’il connaissait était intellectuelle, dans le respect des arguments d’autrui et dans le débat d’idées qu’il affectionnait tant. Ceux qui l’ont connu savent que son plus grand défaut était la fidélité et un engagement sans faille, sa résignation à servir les causes qu’il embrassait ou les personnes qu’il soutenait. Certains appelleront cela de la naïveté voire un manque de clairvoyance, mais il était tout simplement une personne entière, sans demi-mesure, ne sachant faire de compromis dans ses engagements et repoussant toute compromission dans ces idéaux.

Tout sa vie durant il s’est battu pour son pays, pour ses idées, pour celles de ceux qu’il avait décidé d’accompagner. Le stoïcisme dont il a fait preuve dans ses luttes et dans ses derniers moments, resteront à jamais un exemple pour moi. Aujourd’hui il s’en est allé, Il aura vécu plusieurs vies en une : enseignant, syndicaliste, prisonnier politique, universitaire, homme politique, fonctionnaire international, intellectuel, historien.

Le temps du recueillement passé, le bilan sera fait sur son action, les avis divergeront comme pour tout homme public et comme le veut l’exercice du sacro-saint débat démocratique, mais une chose est certaine, son engagement, sa droiture, son abnégation ne se seront pas remis en cause. A titre personnel, je retiendrai un homme intègre, un homme de lettres avec une vision non ethnocentrée de l’Histoire, un homme de science portant en lui une valeur inexorable : le travail, le respect des autres.

Je garderai l’image d’un père aimant, pudique et sensible envers ses proches, tellement préoccupé du bien-être des autres qu’il en oubliait sa personne. Il était un être qui pouvait sembler distant tant il plaçait l’intérêt collectif et celui de la Nation, par-dessus tout, mais il n’en était rien. Il était attentif aux autres et faisait règle d’or de ne laisser personne sur le bas-côté. Comme toute personne il était tiraillé en son for intérieur entre son engagement public, sa vie d’intellectuel et sa vie d’homme tout simplement.

Il restera à jamais, un père, un modèle, une personne qui aura marqué ses proches, ses collaborateurs et ses compagnons. Je garderai à jamais en moi son grand sourire qui illuminait son visage. Il me manquera, manquera à Patricia, à son épouse, à sa famille, mais aussi à son fidèle collaborateur de toujours, M. Ibrahima Faye, son fils d’adoption qui aura été avec lui jusqu’aux derniers instants.

Puisse Dieu l’accueillir à ses côtés, qu’il repose en paix aux côtés de notre mère !

Kader Thiam

(fils du défunt)

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