Dr Abdoulaye Bousso (COUS) : « Ces 9 districts qui n’ont jamais eu de cas de Covid-19 »

Le directeur du Centre des opérations d’urgences sanitaires (COUS), faisant le point sur la riposte contre la Covid-19 au Sénégal, a donné le nom des districts qui n’ont jamais enregistré le moindre cas.

« Nous sommes à six mois de présence de l’épidémie. Ça va être important d’analyser les résultats après un petit rappel de la stratégie. La stratégie du Sénégal a été dynamique, dictée par le contexte local mais aussi par les avancées scientifiques. L’ensemble des pays dans le monde ont utilisé cette stratégie, chaque pays étant particulier, chaque contexte itou. Dès le début, le président de la République avait pris des mesures fortes allant dans le sens de la fermeture des écoles, l’interdiction des manifestations publiques, l’interdiction du transport dans les régions… Et on verra l’impact de ces mesures sur la stratégie plus tard. »

150 000 tests

« En termes de stratégie, nous partions sur la détection de toutes les personnes contacts. Cela a évolué sur les cas symptomatiques, les personnes à risque et les personnes asymptomatiques, les sujets âgés et les personnes ayant des comorbidités. Aujourd’hui, avec la réouverture des frontières au niveau international, les voyageurs sortants et les entrants peuvent subir les tests. Sur le plan du diagnostic, seul l’Institut Pasteur était en mesure de faire les tests. Aujourd’hui, nous avons 5 Laboratoires qui interviennent dans le diagnostic : l’Institut Pasteur, l’IRESSEF de Diamniadio, le Laboratoire de bactériologie de l’hôpital Le Dantec, le Laboratoire de l’hôpital militaire de Ouakam et le Laboratoire national de santé publique à Thiès. Si on fait le cumul, nous en sommes à 150 000 tests réalisés. »

Des tests en deux heures de temps  

« Autre fait remarquable qui a beaucoup aidé dans la riposte, c’est la décentralisation des tests. 10 régions peuvent faire des tests de diagnostic. Ce en deux heures de temps. A part Dakar, il y a Kédougou, Diourbel, Kolda, Kaolack, Matam, Saint-Louis, Ziguinchor, Tamba et Thiès. En termes de prise en charge, au départ, on n’avait qu’un seul centre de référence : l’hôpital de Fann dirigé par le professeur Moussa Seydi. Aujourd’hui, nous sommes passés à plus de 35 sites de prise en charge. Dans chaque région, il y a au moins une structure de santé à même de prendre en charge les malades. C’est très important pour nous dans le cadre de la prise en charge précoce sur site des patients. »

Plus de patients à domicile que dans les hôpitaux

« Nous sommes partis de la prise en charge de tous les patients symptomatiques à la prise extra hospitalière quand nos capacités ont commencé à être atteintes avec l’utilisation de certains réceptifs hôteliers pour prendre en charge les malades. Nous sommes passés également au troisième stade, la prise en charge à domicile. Aujourd’hui, nous avons plus de patients à domicile que dans nos centres de traitement. Les efforts sont entrain d’être faits. Même si tout n’est pas au point. Parce qu’il y a beaucoup de malades dans les domiciles qui sont suivis par les équipes des districts et des régions médicales. »

13 districts inactifs

« Sur le plan des données épidémiologiques, nous sommes à près de 14 000 cas. L’ensemble des 14 régions sont touchées. 70 sur 79 districts du territoire national sont touchés. 13 districts sont devenus inactifs – après 28 jours sans le moindre cas. Il s’agit des districts de Koungheul, Maka Koulibanta, Goudiry, Ranérou, Linguère, Mbirkilane, Gossas, Diakhao, Niakhar, Darou Mousty, Koki, Kébémer et Thilogne. A ce jour, 9 districts n’ont jamais eu de cas : Goudomp, Salemata, Médina Yoro Foulah, Dianké Makha, Kidira, Bakel, Koumpentoum, Dahra et Keur Momar Sarr. Donc ça nous impose à avoir plus de vigilance sur ces sites d’autant que les tests de détection sont disponibles dans la région. »

Flambée de cas en juin-juillet-août

« Si on analyse le nombre de cas depuis le début, on remarque qu’on a eu trois mois assez difficiles – juin, juillet et août. Avec au moins 3000 cas par mois. Nous sommes passés du mois de mars avec 190 cas, avril (834) et mai (2715), à juin avec 3186, juillet (3359) et le mois d’août (3371). Les décès sont aussi calqués sur ces nouveaux cas. Nous l’avions dit : ‘’plus il y a des cas, plus le nombre de personnes vulnérables sera touché, plus le nombre de décès augmente’’. Au mois de juin, nous étions à 74 décès, 93 en juillet et 75 au mois d’août. Les plus de 60 ans représentent les 73% des cas. »

Baisse du taux de reproduction du virus

« Si on va à une analyse un peu plus poussée, par semaine. Sur les 4 dernières semaines, le nombre de cas diminue. De la semaine S33 à la semaine S36, les cas diminuent. C’est quelque chose de remarquable. Nous avons évalué cela à travers ce qu’on appelle le taux de reproduction du virus. Entre avril, mai et juin, une personne était en mesure de contaminer 4 personnes. Les mesures fortes comme la limitation des mouvements, l’interdiction des manifestations et la fermeture des écoles, avaient été prises. Cela a eu un impact objectif sur la diminution des cas, cela a permis de maîtriser l’évolution des cas. Car les chiffres devraient être au moins trois supérieurs. Depuis le mois de juin, ce taux de reproduction du virus commence à diminuer. Nous sommes à 1,7 : en moyenne une personne positive peut contaminer deux personnes. »

20 cas par 100 000 habitants

« Sur la semaine S34, nous étions à 776 nouveaux cas, 598 sur la semaine S35. Nous sommes à la semaine S36 et n’avons pas encore dépassé la barre des 400. On voit qu’il y a une dégression progressive des cas. Cela est également positivé par le nombre de personnes infectées par habitants. Aujourd’hui, nous sommes à 20 personnes pour 100 000 habitants. En mai-juin, nous étions à 81 pour 100 000 habitants. Au vu de ce qui a été fait comme travail – mesures prises – des résultats commencent à s’amorcer. Toutefois, il est important de ne pas faire dans le triomphalisme. »

Eviter un rebond

« Il faut garder cette dynamique, en restant plus que jamais dans le respect des mesures barrières. Dans certains pays, il y a eu un effet rebond après cette dynamique. C’est ce qu’il faut éviter. On peut féliciter tout le peuple sénégalais pour l’engagement dans le respect des mesures barrières, les efforts des acteurs de la santé et des autres secteurs dans la riposte, le soutien du président de la République et du ministre de la Santé. Il est important de garder cette dynamique et surtout pouvoir gérer certaines situations. Nous allons vers la rentrée scolaire et universitaire. La jeunesse représente 51% des cas positifs. Il est important de mettre en place, pour cette cible, les mesures appropriées. Il en est de même pour les manifestations religieuses où des mesures fortes vont être prises en termes de respect des gestes barrières. »

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