De Diambars, Génération Foot au FUS de Rabat, El Hadji Abdoulaye Seck fait le cliché d’un l’Analyste Vidéo

Voilà une profession qui prend de plus en plus d’importance à mesure qu’évolue le sport : l’analyste vidéo de sport. Ses missions principales : observer le déroulement d’un match, passer au crible chaque action, les placements et attitudes des joueurs, les atouts et faiblesses de chaque adversaire, les fautes commises, les points marqués… Le sénégalais El Hadji Abdoulaye Seck, analyste vidéo du FUS de Rabat (Maroc) nous plonge dans son univers, dans cet entretien qu’il a accordé au quotidien Les Échos.

Qu’est-ce qu’un analyste vidéo ?

Un analyste vidéo est un membre d’un staff technique de football qui est spécialisé dans l’analyse du jeu de football sur la base de l’outil vidéo. Les entraîneurs ont toujours cherché à avoir un technicien capable de leur séquencer les matchs de football de manière thématique. De nos jours, la tendance est d’avoir de vrais entraîneurs, qui sont des adjoints responsables de l’analyse de la performance (statistiques, vidéo, monitoring).

Où est-ce que vous avez été formé ?

Depuis 2010, j’ai décidé de me lancer dans cette spécialité. A l’époque j’étais entraîneur des U19 de l’Institut Diambars et 1er degré d’entraîneur de football. Ce fut d’abord en autodidacte jusqu’en 2017 quand j’ai rejoint l’équipe de Olivier Perrin à Génération foot. C’est en 2018 que j’ai suivi une formation à distance avec Sport Business Academy de Paris pour avoir une certification aux logiciels d’analyse vidéo Nacsport et KlipDraw. Une formation qui comporte un modèle dédié à la tactique qui reprend, sous l’angle de l’analyste, tous les aspects de la performance individuelle et collective au football. Cette année, je me suis inscrit au Diplôme Universitaire de Haute Performance Sportive de l’université de Lorraine (Nancy). Cette dernière formation comporte aussi un module dédié à l’analyse du jeu qui commence par une modélisation complète du football dans tous ses aspects. Un Coach 3.0 comme ils l’appellent.

Quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

La première des qualités est la connaissance du football et du footballeur. Ensuite, avoir le sens de l’observation. Sur cette base, il s’agira de pouvoir déceler les forces et les faiblesses d’un joueur ou d’une équipe pour élaborer, en aide à la décision du coach principal ou de l’éducateur en charge d’un groupe, une stratégie d’amélioration des forces et de développement des faiblesses. Ce qui sous-entend un niveau d’expression qui permet d’être clair concis et précis.

Pouvez-vous revenir sur votre cursus professionnel ?

Un cursus professionnel qui est parti d’un début précoce comme entraîneur de football à 17 ans avec mon école de football «Renaissance de Fann», « les Navétanes » avec les cadets et les séniors de l’ASC Fann à Dakar. Si bien qu’à 30 ans, quand j’arrivais à l’Institut Diambars, j’avais déjà un long vécu au bord des terrains de football. C’est donc avec Diambars que j’ai fait mon premier exercice d’éducateur sportif au sein d’une structure professionnelle juste après avoir effectué mon Initiateur de football avec la Ligue de Dakar où je suis sorti major de la promotion Guy Stéphan.

C’est en tant qu’éducateur à Diambars que j’ai effectué mon diplôme d’entraîneur de 1er degré (major de la promotion Saër Seck), mon 2e degré d’entraineur et ma licence B (major de la promotion). En 2017, je quittais Diambars après 14 ans pour intégrer Génération Foot et cela jusqu’en janvier 2020. Après plusieurs contacts avec le club du FUS de Rabat, j’ai finalement intégré comme analyste de la performance de l’équipe première et membre du pôle performance du centre de formation dirigé par Demba Mbaye.

Est-ce que cette profession est valorisée au Sénégal ?

L’idée d’une personne forte en informatique qui découpe les matchs est très ancrée dans la tête des entraîneurs. Et cela est le principal frein au développement de ce métier utile. Sa valorisation devra passer par la reconnaissance de l’analyste comme un entraîneur et pas moins, spécialiste de l’analyse et du développement de la performance. Un membre du staff qui aide à la décision, un adjoint qui repose l’entraîneur concentré sur le terrain sur la base des inputs de tout son staff.

Pouvez-vous nous parler de votre contrat avec l’équipe de FUS de Rabat où vous travaillez actuellement ?

Encore 2 ans de contrat dans une structure qui accorde une grande importance à l’analyse de la performance de ses équipes (analyse interne) et des adversaires (analyse externe). J’ai aussi une mission de former des stagiaires dans le domaine. Il s’agit d’entraineurs de l’école de football, du centre de formation et d’externes au club dont un jeune de l’institut Royal de Formation des Cadres.

Quels sont les données que vous analysez exactement ?

Les données du jeu de football sur une thématique prenant en compte toutes les phases du jeu de football. Pour gagner du temps, le club est abonné à une plateforme qui fournit des données statistiques, que je peux moi-même extraire mais dont l’économie de cet effort me permet d’aller dans le vif du sujet. Il s’agit de répondre aux questions suivantes :

  • En phase offensive :

Comment avons-nous sorti les balles ? Comment avons-nous progressé vers le but adverse ? Comment avons-nous fait pour déséquilibrer l’adversaire ? Comment avons-nous joué en finition ? Qu’avons-nous fait à la récupération de balle ? Comment avons-nous joué les coups de pied arrêtés ?

  • En phase défensive :

Comment nous sommes nous opposés à la progression adverse ? Comment nous sommes nous opposés pour défendre notre but ? Qu’avons-nous fait à la perte de balle ? Comment avons défendu les balles arrêtées ? Un travail qui est effectué en interne, pour notre équipe, et en externe, pour le prochain adversaire Les statistiques sont exploitées en amont pour être confirmées par l’analyse vidéo. En d’autres termes, montrer en image ce que disent les chiffres. Par conséquent il s’agit d’une déclinaison en images vidéo d’une série d’analysés de données du jeu. Quels sont les points faibles de l’adversaire ? Une réponse permettra de mettre en place une stratégie pour exploiter ses failles. Quelles sont les forces de l’adversaire ? Une réponse permettra de mettre en place une stratégie pour minimiser déjouer l’adversaire. Une vraie démarque SWOT (Forces Faiblesses Opportunités Menaces). En effet, les forces de l’adversaire sont une menace quand ses faiblesses sont une opportunité de jeu.

Comment évaluez-vous les performances des joueurs et des équipes en général ?

Analyse = Observation (voir) + Conclusion (agir). Sur le plan individuel, analyser les forces d’un joueur aboutit à la création d’une vidéo qui montre tous ses atouts mais aussi à un ensemble de propositions pour les accentuer. Il s’agit ainsi de dégager des axes de consolidation d’acquis. À l’opposé, compiler les faiblesses du joueur, les décortiquer et les expliquer permet de lui dégager des axes de développement. On parle de développement de la performance individuelle.

Sur le plan collectif, comme expliqué plus haut, il s’agit, d’une part, de mettre en place un plan de jeu pour exploiter les opportunités offertes par les faiblesses du jeu du futur adversaire ou améliorer nos points forts, d’autre part, de minimiser les menaces qui peuvent émaner du jeu adverse ou de développer nos faiblesses.

Les analyses, ce sont votre équipe, vos adversaires avant les matchs et après les matchs ?

Notre équipe à l’entraînement et avant les matchs, les adversaires avant chaque match.

Quels sont les matériaux indispensables pour un analyste vidéo ?

Un bon ordinateur avec une carte graphique bien dotée, un ensemble d’accessoires informatiques pour manipuler les vidéos, des logiciels d’analyse vidéo et d’aide à l’analyse des données et des vidéo, une bonne connexion internet, et pour mon cas une bonne tablette pour prendre des notes sur le terrain. La liste est loin d’être exhaustive car en termes de productivité chacun y va de son feeling et de ses moyens.

Combien de temps vous prenez pour le montage de vidéo et pour la séance de projection ?

Si on n’utilise pas une plateforme de statistiques : 2h pour visionner le match, 3 à 8heures pour séquencer le match, 3 à 5 heures pour un visionnage thématique et trier les séquences, 3 à 5 heures pour faire le choix des séquences à montrer, 1 à 3 heures pour effectuer un montage de qualité (5 à 12 minutes de vidéo qui résument le tout). Donc généralement, 12 à 23h pour boucler le tout, ce qui correspond à 1 à 2 journées de travail.

Quelles sont vos perspectives ?

Au plan personnel, mon souhait est d’apporter une véritable expertise à mon pays sur ce domaine si important de l’analyse de la performance au jeu de football. Que soit dans un club, avec nos équipes nationales et/ou avec la direction de la formation des cadres. Arriver d’abord à continuer d’apporter au jeu par le biais de cet excellent outil de partage aussi bien pour les joueurs que pour le staff technique, mais aussi contribuer à la démocratisation de cet outil à travers une formation dans ce domaine et au profit des acteurs intéressés. L’environnement de l’analyse pourra, comme cela se fait en Angleterre (avec un bus joueurs et bus staff), étoffer nos staffs techniques (Analystes des données, analystes vidéo, mathématiciens, médicaux et paramédicaux, et divers spécialistes au poste). Un marché pour nos informaticiens qui pourront se lancer dans la création de logiciels et d’applications sous divers supports pour « smartiser » notre sport mais aussi exporter ces produits qui seront à coup sûr plus compétitifs que ce qui est proposé par les occidentaux. Une occasion pour faire de notre pauvreté (faible pouvoir d’achat et moindre cout de la main d’œuvre) un atout certain.

Les Échos

Sur le même sujet

Leave a Comment