Avis d’inexpert : Une identité protégée mise à découvert (par Jean Meïssa Diop)

Son nom est à la une de presque tous les quotidiens dakarois, ce colonel des douanes présumé avoir égorgé sa fille. Et dire que le meurtrier est sujet à des troubles mentaux. Et c’est là qu’on s’étonne que la presse torde le cou à la loi protégeant l’identité de personnes mineures et/ou handicapés mentaux quand elles sont impliquées dans des faits répréhensibles ou en sont victimes. Le droit pénal et le droit de la presse sont formels sur ce point : ce qu’on appelle – ou que nous appelons – « les identités protégées » ne peuvent être révélées dans un média sans les précautions dont l’usage d’initiales pour ne pas découvrir leurs noms. Encore que l’identité d’une personne ne se résume pas qu’à ses prénom et nom ; il est d’autres éléments qui peuvent contribuer à découvrir le profil d’un individu : son domicile, son lieu de travail, ses fonctions… Et dans le cas du douanier homicide, tout ou presque a été révélé le concernant : ses responsabilités professionnelles, son lieu de résidence…  Et dire qu’il s’agit d’un « cas psychiatrique » qui a eu à séjourner en unité de soins de malades mentaux. Voilà l’individu dont la presse n’aurait pas dû divulguer l’identité. La loi l’interdit et le droit de la presse l’indique aux journalistes. 

En plus de cette implication légale, il y a à ce fait une implication sociale, psychologique etc. Il faut avoir faire œuvre de charité en protégeant un officier supérieur des douanes qui est victime de lui-même parce que présumé ayant posé son acte dans un moment d’inconscience. 

Et, il n’y a pas que l’identité ; il y a aussi le comportement que le meurtrier handicapé mental aurait à la police au moment de l’enquête. Qui en fait les confidences à des journalistes ? Question…

Il faudra, certainement, que la presse soit un peu plus attentive sur des points comme celui-là. L’éthique professionnelle s’en porterait mieux. La loi aussi.

Ecouter aussi les faits-divers radiophoniques – Il n’y a pas que les séries télévisuelles que l’Ong Djamra, qui est, à elle seule, une ligue de vertu qui voudrait, de plus en plus, décider de ce que les téléspectateurs du paysage audiovisuel sénégalais devraient regarder… Ce gardien de la morale devrait aussi avoir une oreille sur les émissions radiophoniques de faits-divers telles que « Teuss » de la Rfm, « Xalaas » de Zik Fm… Certains propos et détails entendus dans certaines de ces émissions ne sont pas moins innocents que certains dialogues et séquences de certaines séries. C’est la conviction du conseiller aux affaires culturelles et spécialistes des questions audiovisuelles Thierno Diagne Bâ, très réservé sur la démarche et les prétentions de l’Ong Djamra dans son combat moral et culturel. Dans une interview accordée le 8 août au journal Le Quotidien, M. Bâ se demande « à quoi bon combattre les séries sénégalaises (pas de nudité, de relations sexuelles, de baisers) et laisser les télénovelas infester nos télévisions et à des heures de grande écoute. A écouter le responsable de Jamra, je pense qu’il ne prend jamais le temps de voir une série et de l’analyser objectivement. Il se fonde sur le ouï-dire. La preuve, il est passé complètement à côté en expliquant le lien entre les personnages de « Mame Diarra » et de son frère « Ridial » dans la série Infidèles. Il faut le dire, Jamra veut imposer son œil aux Sénégalais. »

La régulation se fait a posteriori, pas a priori – Il ne faut pas prêter au Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra) des prérogatives qu’il n’a pas. Cela méritait d’être dit et redit afin que nul n’en ignore, et le président de l’organe de régulation l’a fait dans une interview à l’Agence de presse sénégalaise (Aps) : « La censure, ce n’est pas la régulation. La censure se passe dans les départements, au ministère de la Culture », par le biais d’un comité d’experts chargés de délivrer un visa pour la diffusion des films et séries, après les avoir visionnés.

« Le travail du Cnra commence quand c’est diffusé. On ne fait pas de régulation a priori. La régulation se fait a posteriori », a expliqué le président du Cnra. « Le régulateur gère ce qui est diffusé, a-t-il ajouté. Il n’intervient pas avant. Nous n’avons pas inventé la régulation. »

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