Accès aux soins en zone de conflit : 3 780 attaques par an dans 33 pays (CICR)

Depuis que le Conseil de sécurité de l’ONU a exigé la fin de l’impunité des attaques contre les systèmes de soins de santé il y a cinq ans, des milliers d’attaques de cette nature ont continué de faire payer un lourd tribut aux prestataires de soins et aux personnes malades ou blessées. Dans des pays touchés par un conflit ou une autre situation, les personnels de santé et les patients ont été exposés sont les meurtres, les viols, les violences physiques, les pillages et la destruction des installations médicales et des véhicules de transport sanitaire. Des obstructions au fonctionnement des services de santé ont également été relevées, par exemple, des obstacles empêchant de mener à bien une campagne de vaccination ou le refus de laisser une ambulance franchir un point de contrôle.

Entre 2016 et 2020, des données enregistrées par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) parlent de 3 780 attaques par an dans 33 pays en moyenne, dont les deux tiers en Afrique et au Moyen-Orient. Parmi les pays où il y a eu le plus grand nombre d’incidents figurent notamment l’Afghanistan, la République démocratique du Congo, Israël et les territoires occupés, et la Syrie.

“La communauté internationale n’a pas réussi à faire de la protection des malades, des mourants et des blessés une priorité”

En raison des difficultés liées à la collecte de ce type de données dans les zones de conflit, le chiffre global pourrait être sous-évalué par rapport au nombre réel d’attaques.

« La communauté internationale n’a pas réussi à faire de la protection des malades, des mourants et des blessés une priorité. Les soins de santé sont actuellement au premier plan des préoccupations mondiales, mais les efforts déployés pour protéger les personnels et les structures ne sont pas suffisants. Malheureusement, à chaque agression, le nombre de personnes privées des soins dont elles ont cruellement besoin augmente. Les porteurs d’armes doivent respecter la valeur universelle des soins de santé et le droit à bénéficier de ces soins, tous deux consacrés par le droit international humanitaire », a tranché le président du CICR, Peter Maurer.

Maciej Polkowski, responsable de l’initiative du CICR, il manque une volonté politique et une certaine inventivité pour protéger les prestataires de soins et les personnes malades ou blessées. Et que les États qui souhaitent faire progresser cette question devraient montrer l’exemple.

Les efforts déployés pour atténuer la violence dans les établissements de santé portent leurs fruits. Dans un pays d’Asie du Sud, le CICR s’est associé à des administrateurs d’hôpitaux pour réduire le nombre d’armes entrant dans les services d’urgence. Après cinq mois de mise en œuvre du programme, le nombre d’armes interceptées est passé de 2 à 42 par mois, ce qui a permis de réduire les risques auxquels étaient exposés les personnels et les patients.

À El Salvador, le CICR et la Croix-Rouge ont organisé des rencontres entre différents acteurs des interventions d’urgence menées auprès de victimes de la violence armée, ce qui a permis d’améliorer la coordination et d’accroître les compétences des personnels de santé.

Au Liban, à Ein el-Helweh, un camp de réfugiés palestiniens densément peuplé où sévissent plusieurs groupes armés, le CICR a pu convaincre plusieurs acteurs armés de signer des déclarations unilatérales de respect des systèmes et des personnels de santé. Le texte des déclarations a été élaboré conjointement avec les groupes. Des évolutions positives ont été rapidement constatées.

Depuis février à juillet 2020, 611 incidents ont été enregistrés

Cette dernière année, la pandémie de Covid-19 n’a fait que renforcer l’importance de protéger les soins et les personnels de santé, non seulement au vu de leur caractère essentiel, mais aussi parce que de nouveaux schémas de violence et de stigmatisation ont fait surface. De février à juillet 2020, l’organisation onusienne a enregistré 611 incidents violents ayant ciblé des personnels de santé, des patients et des infrastructures médicales associés à la lutte contre le Covid-19, soit environ 50% de plus que la moyenne.

À titre d’exemple, dans un centre de santé rural du sud-est de la Colombie, un groupe armé a menacé un médecin qui avait pris en charge un malade du Covid-19 finalement décédé. Le médecin a été contraint de quitter la région, et les habitants se sont retrouvés privés de soins.

Les attaques violentes sont aussi dévastatrices pour les blessés et les malades que pour les personnels. Infirmier pédiatrique au sein d’une équipe médicale du CICR au Soudan du Sud, Filippo Gatti a vu un jour un combattant faire irruption au bloc opératoire et le menacer avec un fusil d’assaut AK-47 pour savoir si un ennemi était pris en charge dans les lieux.

Filippo Gatti infirmier en chef du CICR, raconte : « Je l’ai conduit à la porte et je lui ai montré une femme sur la table d’opération, un coup de chance. Et il a dit : “Il faut que vous quittiez les lieux. Nous allons revenir et tuer tout le monde.” Nous avons déplacé et évacué toutes les personnes que nous avons pu et comme promis, ils sont revenus. Au total, 12 personnes alitées ont été massacrées. C’est l’une des pires situations de violence imaginables. Ce groupe ne nous voyait pas comme des personnels de santé au service de tous, indépendamment de la couleur de peau ou de l’appartenance à une quelconque armée. J’avais envie de leur dire : un jour, vous aussi, vous aurez besoin de soins médicaux. »

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