2 mars 2020-2 mars 2021 : les chiffres du Dr Abdoulaye Bousso

Dr Abdoulaye Bousso a fait ce mardi le point sur la première année de présence du virus au Sénégal. Le coordonnateur du Centre des opérations d’urgences sanitaires (COUS) a donné des chiffres et une note d’espoir.

“453 agents de santé ont été touchés par cette épidémie et 2 décédés. La majorité des patients est de sexe masculin (54 %) et nous avons eu à trouver trois comorbidités – l’hypertension artérielle, le diabète et toutes les autres maladies cardiovasculaires. Tous les 79 districts et 14 régions du Sénégal sont touchés. 5 régions ont franchi la barre des 1000 cas. Il s’agit de Dakar avec 21824 cas (62%), Thiès (4336 cas), Diourbel (1666 cas), Kaolack (1540 cas) et Saint-Louis (1250 cas). Nous avons deux régions avec moins de 200 cas : Kaffrine et Sédhiou (175 cas).

“Tout a doublé durant cette deuxième vague”

“L’épidémie est passée par tous les stades. Nous sommes dans cette hausse active des cas communautaires, à une proportion de 47%. Les cas contacts sont à une proportion de 51%. Et 2% pour les cas importés. Cette épidémie a évolué depuis 1 ans. Nous avons deux vagues. Une première qui a commencé le 2 mars qui est allée jusqu’à la semaine du 16 novembre 2020. Dans cette partie, nous avons atteint le pic dans la première quinzaine du mois d’août 2020. Où nous avons eu un maximum de cas hebdomadaire à 926 cas. Cette deuxième vague a démarré autour de la semaine 48. C’est-à-dire vers le 23 novembre jusqu’à nos jours. Elle est beaucoup plus intense que la première. En terme d’amplitude, d’intensité et de cas sévères. Dans la première vague, le taux de cas hebdomadaire, c’est-à-dire le nombre de cas contaminés par 100 mille habitants, était à 5,5. Dans cette deuxième vague, nous sommes à 12,7. En termes de nombre de cas par jour, lors la première vague, le maximum que nous avions en une journée est de 207. Dans la deuxième vague, nous avons eu à compter 462 cas en une journée. Le nombre de cas mensuel a complètement doublé. Dans la première phase, nous avions au mois d’août, 3371 cas en un mois. Ce mois de février nous avons 7850 cas. Idem pour le nombre de décès par semaine. Durant la première vague, il y en a eu au maximum 28 dans la semaine du 29 juin 2020. Or pour cette deuxième vague, dans la semaine 8, c’est-à-dire du 22 février 2021, nous avons noté 66 décès en une journée. Le nombre de décès mensuel a pratiquement doublé. Au mois de juillet 2020, nous avons eu 95 décès. Contre 242 en ce mois de février.”

“Ce qui explique les nombreux décès”

“Lors de la première vague, les personnes de la tranche d’âge de 25 à 34 ans étaient les plus touchées. Dans cette deuxième vague, nous avons eu plus de sujets âgés, la tranche d’âge des plus de 60 ans. Ce qui explique le nombre important de cas sévères que nous avons mais également le nombre important de décès. Depuis trois semaines maintenant, nous commençons à voir une descente de notre courbe épidémiologique. Cela, il faut le mettre dans le compte de l’ensemble des mesures qui ont été prises et aussi tout l’engagement que les populations ont eu dans le cadre du respect des mesures barrières. Le taux d’attaque a également baissé, passant dans la semaine précédente à 9,7 pour 100 mille habitants.”

“Une stratégie de décentralisation de la prise en charge”

“Nous avions eu une stratégie dynamique qui a été un peu basée sur les réalités locales et les avancées de la science. Elle a reposé sur deux piliers, la transparence dans la communication et la résilience de notre système de santé. Le Sénégal a pris l’option d’avoir une organisation avec des niveaux de coordination stratégique et ensuite opérationnelle. Le deuxième niveau, c’est la tactique au niveau régional avec les comités régionaux, les centres de gestion des épidémies, mais également les régions médicales. C’est une stratégie de décentralisation de la prise en charge où les districts sanitaires ont un rôle important dans le diagnostic, l’isolement et dans le transfert des patients. En termes de prise en charge, nous avons commencé par une prise en charge de tous les patients positifs dans les hôpitaux. C’est une stratégie d’attaque qui permet normalement de pouvoir éteindre l’épidémie. Ce qui n’a pas pu se faire vu le mode de transmission. Nous avons isolé tous les contacts dans un premier temps dans des hôtels ou dans des domiciles. Par la suite, nous avons évolué en mettant en place des structures extrahospitalières de prise en charge. Mais devant l’augmentation des cas, il était difficile de pouvoir garder l’ensemble de ces patients dans ces structures. La dynamique vers une prise en charge à domicile a donné d’excellents résultats parce qu’aujourd’hui, la majorité de nos patients continue d’être pris en charge dans les domiciles. Le système a pu évoluer jusqu’à 52 sites de prise en charge dans le pays. Actuellement, deux stratégies sont utilisées, la prise en charge domiciliée et la prise en charge hospitalière.”

“Le nombre de vaccinés dépasse les cas positifs, c’est symbolique”

“Des mesures fortes ont été prises avec la fermetures des écoles, des universités, l’interdiction des transports entre les régions, le port de masque, l’état d’urgence, le couvre-feu. Ce qui nous a permis de limiter la transmission. Dans la première phase, nous avons vu les résultats avec la chute des cas après le mois d’août. Aujourd’hui, avec cette tendance de chute, nous espérons que cela puisse continuer. Avec cette campagne de vaccination qui a commencé, le nombre de personnes vaccinées est supérieur au nombre de cas positifs. C’est symbolique. En une semaine, le système de santé a pu vacciner plus de 35 mille personnes. Cette stratégie vient en appui à l’ensemble des outils que nous avons. Il est important pour les populations de savoir que se vacciner ne veut pas dire ne pas respecter les mesures barrières. Nous appelons toutes les personnes qui sont ciblées dans cette première phase de vaccination à aller dans les structures de santé pour se faire vacciner.”

“Les défis…”

“Les défis que nous avons actuellement, c’est essentiellement la prise en charge des cas graves et des cas sévères. Nous avons dans cette deuxième vague plus de cas graves et plus de décès. Notre stratégie, c’est de les limiter et pouvoir mieux les gérer. D’ailleurs, nous voulons présenter nos excuses aux populations. Je pense qu’il y a des difficultés. N’empêche, l’ensemble du secteur est en train de faire un travail énorme pour pouvoir limiter ces désagréments. Nous sommes sûrs que nous pourrons y arriver aujourd’hui. Avec tous les outils que nous avons, la vaccination, nous recommandons à toutes ces personnes âgées, toutes les personnes qui ont des comorbidités d’aller se faire vacciner. Cette épidémie nous amène à une responsabilité collective. Ce travail n’est pas facile. Nous sommes à un an, le personnel de santé est presque proche du burn-out mais c’est un sacerdoce, notre travail. Nous allons continuer dans ce sens.”

Sur le même sujet

Leave a Comment